https://doi.org/10.57988/crig-2328
Intou
Kahambu Matimbya[1],
Jonathan Ahadi Mahamba[2],
Moise Musubao Kapiri[3],
Gloire Kayitoghera Mulondi[4],
Isaac Uzimati Djurua[5],
Valentin Kamabu Vasombolwa[6],
Charles Kambale Valimunzigha[7]
et Gilbert Paluku Mutiviti[8]
Résumé
L’objectif de cet article est de
s’approprier les connaissances sur les perceptions de la population de la Ville
de Beni et celle de la zone qui jouxte directement son emprise urbaine sur la
multifonctionnalité de l’Agriculture Urbaine et Périurbaine (AUP) exprimée via
les fonctions économiques. Pour se rassurer que cet objectif soit atteint, les
enquêtes ont été effectuées sur un échantillon de 715 personnes en raison de
400 pour le centre-ville de Beni et 315 pour sa zone périphérique.
Les résultats issus de ces investigations
révèlent que le milieu a une influence très hautement significative de la
perception du rôle de l’AUP dans la création d’emplois et des revenus, mais
aussi dans la mise en contact entre les producteurs et les consommateurs. La
profession et l’état civil exercent une influence significative respectivement
sur la perception de l’AUP vis-à-vis de la création d’emplois et de
revenus ; et de la réinsertion sociale des certaines personnes dans la
Ville. Par ailleurs, les valeurs de la précision globale associées à chaque
modèle de régression logistique varient de 70 à 100 %. De même, le pouvoir
discriminant de la totalité des modèles exprimé en termes d’AUC (Area Under Curve) est supérieur à 0,80. Des études ultérieures
focaliseront l’attention sur l’analyse des filières et des chaînes des valeurs
qui découlent plus de cette activité innovatrice pour la Ville de Beni en
République Démocratique du Congo.
Mots clés : Multifonctionnalité, agriculture urbaine
et périurbaine, fonctions économiques, Perception ; Beni
Abstract
The objective of
this publication is to acquire knowledge on the perceptions of the population
of the city of Beni and the adjacent zone to the urban footprint on the
multifunctionality of Urban and Peri-urban Agriculture (UPA) expressed through
economic functions. To ensure that this objective was achieved, the surveys
were conducted on a sample of 715 people, 400 from downtown Beni and 315 from
its vicinities.
The results of
these investigations reveal that the environment has a highly significant
influence not only on the perception of the role of the UPA in creating jobs
and income, but also in bringing producers and consumers into contact. The
profession and the civil status have a significant influence respectively on
the perception of the AUP with regard to the creation of jobs and income; and
the social reintegration of certain people in the city. Furthermore, the
overall precision values associated with each logistic regression model range
from 70 to 100 percent. Similarly, the discriminant power of all models
expressed in terms of AUC (Area Under Curve) is greater than 0.80. Further
studies should focus on the analysis of the value chains and value chains that
result from this innovative activity for the City of Beni in the DRC.
Keywords: Multifunctionality, urban and peri-urban agriculture, economic
functions, Perception, Beni
L’urbanisation rapide des pays en voie de
développement et la migration des populations rurales exercent une forte
pression sur les villes en ce qui concerne la fourniture d’emplois et de
conditions de vie décentes (NUGENT et al., 2001) . Le nombre de pauvres urbains et de ceux qui évoluent dans le secteur
informel augmente plus à travers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique Latine et
beaucoup d’entre eux intègrent l’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) dans
leurs stratégies de gagne-pain (SERRA et al., 2018). Mais, les populations qui s’installent en ville sont confrontées à la
rareté des denrées alimentaires (AUBRY & POURIAS, 2012). Ces populations exercent, lorsque les conditions sont réunies, des
activités agricoles à travers le milieu urbain.
L’agriculture
péri-urbaine présente un intérêt pour le développement des villes en raison de
ses multiples fonctions socio-économiques, paysagères et environnementales (BALBOA &
CLARIMONT, 2015). Les
fonctions économiques, notamment se traduisent essentiellement à la capacité
des systèmes d’exploitation agricoles à contribuer à la sécurité alimentaire
des producteurs à travers la production autoconsommée (DASYLVA et al., 2020). Par l’agriculture urbaine, une panoplie d’activités sont développées
et font jouir les riverains de la terre (WEGMULLER & DUCHEMIN, 2010) . L’AUP permet non seulement d’offrir une solution à la
sous-alimentation, mais contribue aussi, notamment pour beaucoup d’acteurs, à
un bénéfice tant physique que mental (MILLIGAN et al., 2004).
Par ailleurs, l’AUP peut permettre à ceux qui
pratiquent cette activité de disposer des sommes d’argent. Cet argent généré
par la commercialisation des produits agricoles est souvent utilisé pour
l’achat de biens alimentaires et les dépenses quotidiennes (ROBERTS et al., 2020). Cependant, des enjeux de
spéculation foncière concurrencent l’utilisation du sol en périphérie des
villes et des activités économiques marginales s’implantent, détériorant la
qualité de l’environnement et affaiblissant les traditions et pratiques
agricoles (SERRA et al., 2018). Ces activités socioéconomiques
ne sont pas suffisamment documentées à nos jours.
La Ville de Beni n’est pas en marge de cette
dynamique. Elle reste confrontée aux problèmes liés aux activités inhérentes à
cette agriculture urbaine et périurbaine. Ces activités agricoles s’intensifient
dans les zones urbanisées et ses environs proches étant donné que le territoire
entier de Beni reste confronté aux instabilités politiques et sécuritaires (BWEYA et al., 2019, MWAMBUSA et al., 2021). La croissance démographique spontanée concourt à la densification des
populations démunies de tous les moyens de subsistance à l’intérieur de
l’espace urbanisé. Consciente des risques encourus, la population vulnérable
s’investit dans l’agriculture urbaine en valorisant des espaces marginalisés ou
laissés en friche dans ce contexte où se côtoient la criminalité urbaine,
l’insécurité foncière et l’amalgame d’autres aspects culminant à l’insécurité
alimentaire. Par manque de terrain disponible, certains déplacés, dont
l’activité principale était l’agriculture dans les zones d’origine, recherchent
des lopins des terres aux environs proches de la zone effectivement urbanisée à
leur risque et péril. Déjà, si les zones à l’intérieur de l’espace urbanisé
sont suffisamment sollicitées, l’étalement urbain dans les zones périphériques
proches empiète sur les terres jadis destinées à l’agriculture (KERAITA et al, 2008 ; SKOG & STEINNES, 2016) . Cette croissance démographique n’est pas accompagnée d’une croissance
économique (NGUENGANG et al., 2008) même si cette croissance reste peu élucidée par manque d’analyse
appropriée.
Différentes études alliant explosion
démographique et croissance économique ne sont pas encore faites sur base des
connaissances scientifiques objectives. Ces études trouveraient du terreau dans
des études antérieures qui focaliseraient plus l’attention sur les perceptions
socioéconomiques, notamment. Les acteurs impliqués dans l’agriculture urbaine
et périurbaine jouissent de multifonctionnalité que fournit cette activité de
prédilection dans cette zone en vocation agropastorale. Il y a donc lieu de
focaliser l’attention sur les perceptions qu’ont les populations locales,
notamment de diverses multifonctionnalités économiques.
Cette étude focalise son attention sur la
manière dont les populations locales perçoivent la multifonctionnalité de
l’agriculture urbaine et périurbaine dans la Ville de Beni et ses zones
périphériques en s’appuyant, notamment sur les fonctions économiques (création
d’emploi et revenu, promotion de contact direct entre producteurs et les
consommateurs ainsi qu’une bonne réinsertion sociale).
Les investigations sont circonscrites en
milieu urbain et périurbain de la Ville de Beni dans la zone septentrionale du
Nord-Kivu en RDC. Cette entité jouxte le Mont Ruwenzori et jouit d’un climat équatorial du type Afi de la
classification de Koppen (Bweya
et al., 2019). Les pluies sont abondantes interrompues par deux saisons sèches
respectivement en janvier-février et en juin-août (MOÏSE et al., 2022) avec d’importantes fluctuations (1200-2000 mm ), et 20 à 30 °C (BWEYA et al., 2019). Les sols se sont formés sur de matériaux kaolinitiques.
Le trait essentiel de ces sols est la présence de terres d’excellente qualité,
mais à forte sensibilité à l’érosion (KUJIRAKWINJA et al., 2007). Ils sont argileux
sur les plateaux argilo-sablonneux dans les plaines et aux pieds des
collines (JONGEN
et al., 1970). Ils ont un taux de saturation généralement compris entre 30 et 50 % (MOÏSE et al., 2022). Chimiquement, les sols de Beni en général, sont acides et pauvres en
calcium sous forêt, mais deviennent basiques et riches en calcium sous culture.
Les sols ont un taux de minéralisation de l’azote de 5 % et un pH eau oscillant
entre 5,5 à 6,1 (MOÏSE et al., 2022). Les principales activités de la population locale sont consacrées à
l’agriculture.
Le milieu périurbain est délimité à 10 km vol
d’oiseau des limites administratives de la Ville de Beni. La délimitation de
cette zone à 10 km a été choisie en se basant sur le modèle de Von Thùnen.
La figure 1 illustre le milieu d’étude.

Figure
1. Localisation du milieu d’étude
La collecte
des données s’est réalisée en juin 2022 par la méthode d’enquête. Un
questionnaire préalablement conçu a été administré aux enquêtés par le biais de
l’interview. Ce questionnaire a été formalisé moyennant l’outil Kobotoolbox afin d’être téléchargé sur un smart phone via l’application KoboCollect
v1.25.1. La population d’étude était constituée de quatre groupes d’acteurs
intervenant directement ou non dans l’AUP. Il s’agissait notamment de :
(i) agriculteurs, (ii) commerçants de produits agricoles, (iii) consommateurs,
enfin (iv) décideurs.
L’échantillon
était constitué de 715 individus (315 en milieu périurbain et 400 individus en
milieu urbain). Les enquêtés en milieu urbain sont repartis dans les quatre
communes de la Ville de Beni. En milieu périurbain, trois axes étaient
privilégiés. Ce choix était motivé par l’instabilité sécuritaire dans sa partie
orientale. Ces trois axes sont : (i) Beni- Kyanzaba
- Mangina, (ii) Beni – Kalunguta-
Kabasha et (iii) Beni - Mavivi
- Mbau.
Les
informations recueillies sont bien catégorisées selon les données à récolter.
Les informations relatives aux caractéristiques des enquêtés sont le milieu, le
sexe, l’état civil, la profession, le niveau d’étude et la classe d’âge. Les
fonctions économiques privilégiées étaient plus essentiellement la création d’emplois et aussi
des revenus, le contact entre producteurs et consommateurs et la réinsertion
sociale des individus.
L’analyse statistique des données a consisté
à la régression logistique. Son choix est motivé par le fait qu’il s’agit d’un
modèle non-paramétrique qui n’exige pas les conditions de normalité, ou de multinormalité, difficilement vérifiables (DESJARDINS, 2001 ; KHERRAZI & AHSINA, 2016) et permet d’estimer un odd ratio (OR) qui
fournit une information sur la force et le sens de l’association entre la
variable explicative (Xi) et la variable à expliquer (Y) (LAPLANTE & HÉBERT, 2001 ; AMINOT & DAMON, 2002). EL SANHARAWI & NAUDET (2013) trouvent qu’il présente l’avantage d’être utilisable quel que soit le
type d’enquête.
Diverses variables explicatives sont à ce
niveau les caractéristiques sociodémographiques des enquêtés (résidence,
classes d’âge, sexe, niveau d’étude, la profession, l’état civil). Chaque
variable qualitative comprend deux ou plusieurs modalités (variantes).
Chaque modèle logistique construit a été
soumis à une analyse de la variance du package « car » pour mettre en
évidence les variables explicatives les plus significatives sur la variable à
expliquer. Nous avons par ailleurs recouru à un indice de parcimonie comme le
critère d’Akaike (Akaike
Information Criteria ou AIC) ; (NAKACHE et al., 1986; LARMARANGE, 2020).
Vu que les échantillons d’enquête ne sont pas
suffisamment grands, nous avons validé les modèles par la méthode utilisée par LARMARANGE (2020) et MOÏSE et al. (2022). Cette méthode consiste à utiliser une matrice de confusion. Ainsi,
dans cette recherche, nous avons calculé le taux d’erreur de classement et nous
avons déduit la précision globale (PG) de la classification pour chacun de
modèles retenus.
L’appréciation de la
qualité du modèle logistique s’est basée sur l’utilisation de la courbe ROC
(ROC curve, ROC pour Receiver
operating Characteristic) et l’AUC (Area Under curve). On considère
habituellement que le modèle est bon dès lors que la valeur de l’AUC est
supérieure à 0,7. Un modèle bien discriminant doit avoir une
AUC entre 0,87 et 0,9. Un modèle ayant une AUC supérieure à 0,9 est excellent (DELACOUR et al., 2005 ; (DESQUILBET,
2020). L’aire sous la courbe (de 0,87 par exemple)
équivaut à la probabilité que la perception sur cette fonction de l’AUP soit
plus élevée chez le premier que chez le second. Ces différentes analyses ont
été facilitées par l’usage du Logiciel R sous l’interface R studio 1.2.5001.
Le tableau 1 présente
les informations relatives au profil des enquêtés.
Tableau 1. Profil des enquêtés du milieu urbain et
périurbain de Beni
|
Variables |
Modalités |
Périurbain |
Urbain |
p |
|
Sexe |
F |
151 (47,9 %) |
197 (49,2 %) |
0,784 |
|
M |
164 (52,1 %) |
203 (50,8 %) |
||
|
Etat civil |
Cel |
68 (21,6 %) |
150 (37,5 %) |
p<0,001 |
|
Div |
7 (2,2 %) |
5 (1,2 %) |
||
|
Mar |
220 (69,8 %) |
229 (57,2 %) |
||
|
Ve |
20 (6,3 %) |
16 (4,0 %) |
||
|
Profession |
AgE |
16 (5,1 %) |
13 (3,2 %) |
0,005 |
|
Agri |
83 (26,3 %) |
97 (24,2 %) |
||
|
Art |
20 (6,3 %) |
32 (8,0 %) |
||
|
Aut |
3 (1,0 %) |
32 (8,0 %) |
||
|
Com |
65 (20,6 %) |
84 (21,0 %) |
||
|
Ele |
15 (4,8 %) |
24 (6,0 %) |
||
|
Ens |
39 (12,4 %) |
44 (11,0 %) |
||
|
Med |
15 (4,8 %) |
16 (4,0 %) |
||
|
ProL |
40 (12,7 %) |
41 (10,2 %) |
||
|
Rel |
19 (6,0 %) |
17 (4,2 %) |
||
|
Niveau d'étude |
Ana |
19 (6,0 %) |
38 (9,5 %) |
p<0,001 |
|
EPoUni |
10 (3,2 %) |
5 (1,2 %) |
||
|
EPri |
92 (29,2 %) |
74 (18,5 %) |
||
|
ESec |
147 (46,7 %) |
187 (46,8 %) |
||
|
EUni |
47 (14,9 %) |
96 (24,0 %) |
||
|
Classes d'âges |
(17,25] |
69 (21,9 %) |
122 (30,6 %) |
0,114 |
|
(25,35] |
117 (37,1 %) |
131 (32,8 %) |
||
|
(35,45] |
73 (23,2 %) |
81 (20,3 %) |
||
|
(45,55] |
36 (11,4 %) |
37 (9,3 %) |
||
|
(55,65] |
19 (6,0 %) |
26 (6,5 %) |
||
|
(65,75] |
0 (0,0 %) |
2 (0,5 %) |
||
|
(75,89] |
1 (0,3 %) |
0 (0,0 %) |
Il ressort du tableau 1 qu’il n’existe pas de différence significative des
proportions entre les deux sexes en fonction du milieu d’habitation (p=0,784).
Par contre, il existe une différence très hautement significative entre les
différentes variantes de l’état civil (p<0,001). Tenant compte de la profession, les
agriculteurs, les commerçants et les enseignants sont plus représentés. Il
existe une différence significative entre les proportions en fonction de la
profession (p=0,005). Considérant le niveau d’études, il existe une différence
très hautement significative entre les proportions (p<0,001). Les personnes
ayant un niveau secondaire sont les plus nombreuses et elles sont suivies par
les personnes ayant respectivement un niveau primaire et aussi un niveau
supérieur/universitaire. Les enquêtés étaient plus représentés dans
les deux premières classes d’âges et au fur et à mesure que l’âge augmente,
l’effectif des enquêtés au sein des classes diminue.
L’âge des enquêtés en milieu urbain de Beni
varie de 18 à 77 ans avec une moyenne de 34,49 ± 11,97 ans. L’interprétation du
troisième quartile montre que 75 % des enquêtés du milieu urbain de Beni ont
l’âge inférieur à 40 ans. En milieu périurbain de Beni, les enquêtés ont l’âge
variant de 18 à 69 ans avec une moyenne de 33,28 ± 11,42 ans et 75 % de ces
enquêtés ont l’âge situé en dessous de 40,25 ans (Figure 2). Il n’existe pas de
différence significative entre les enquêtés du milieu urbain et périurbain de
Beni d’après le test de Wilcoxon (p=0,071).

Figure 2.
Distribution des valeurs de l’âge des enquêtés en fonction du milieu
d’habitation
La figure 3 renseigne
sur les fréquences relatives de reconnaissance à l’AUP par les enquêtés du
milieu urbain et périurbain de la Ville de Beni des services économiques.

Figure
3. Fréquence de citation de la reconnaissance
des services économiques de l’AUP en Ville de Beni et ses environs
Les résultats de la figure 3 montrent que les
enquêtés sont conscients que les agrosystèmes de l’AUP rendent des services
économiques à la population.
La significativité
des variables explicatives sur les diverses fonctions économiques de l’AUP et
la qualité des modèles exprimée en termes de précision globale (PG), de
pseudo-R2 et l’AUC sont présentées au niveau du tableau 2.
Tableau
2. Effet du milieu d’habitation de l’enquêté
et de ses caractéristiques sociodémographiques
sur sa perception vis-à-vis de la création d’emploi et de revenu, de la
mise en contact entre les producteurs et les consommateurs, de la réinsertion
sociale des individus en Ville de Beni et ses environs
|
Variables |
DDL |
Création d’emplois et des revenus |
Contact entre les producteurs et les consommateurs |
Réinsertion sociale des individus |
|
Milieu |
1 |
2,91.10-9*** |
1,95.10-8*** |
0,22996 |
|
Sexe |
1 |
0,3803 |
0,4938 |
0,6065 |
|
Etat civil |
3 |
0,1500 |
0,1842 |
0,0114* |
|
Profession |
9 |
0,0325* |
0,2085 |
0,8070 |
|
Niveau d’études |
4 |
0,3423 |
0,1568 |
0,8981 |
|
Classes d’âges |
6 |
0,0593 |
0,5033 |
0,3296 |
|
PG (%) |
- |
94,37 |
95,25 |
89 |
|
Pseudo-R2 |
- |
0,21 |
0,17 |
0,57 |
|
AUC |
- |
0,84 |
0,82 |
0,98 |
Le tableau 2 montre
que le milieu d’habitation a une influence très hautement significative de la
perception de l’enquêté vis-à-vis du rôle de l’AUP dans la création d’emplois
et des revenus. La profession de l’enquêté influence d’une manière significative
cette perception. Les autres variables n’ont pas d’effet statistique
significatif.
Concernant
l’influence des variables explicatives sur le rôle que joue l’AUP dans le
maintien de contact entre différents les producteurs et les consommateurs, seul
le milieu d’habitation est significatif. Seul l’état civil influence d’une
manière significative la perception de l’enquêté vis-à-vis du rôle de l’AUP dans
la réinsertion sociale de certaines personnes. Le modèle logistique a donné des
valeurs excellentes de précision globale (PG) et d’AUC, mais celles de pseudo-R2
sont très faibles. La figure 4 montre les courbes ROC et les AUC associées à
chaque modèle de régression logistique.

Figure 4.
Courbes ROC des modèles de prédiction de la perception des enquêtés sur le rôle
de l’AUP dans (a) création d’emploi et des revenus, (b) Contact entre les
producteurs et les consommateurs et (c) Réinsertion sociale des individus.
La probabilité de
percevoir que l’AUP contribue à la création des revenus et d’emplois (figure
5) ; permet la réinsertion sociale de certaines personnes (figure 6) et
contribue à maintenir le contact entre les producteurs et les consommateurs
(figure 7) est maximale pour chacune des modalités de variables explicatives

Figure 5.
Effets marginaux des variables explicatives sur la perception de l’enquêté sur
l’importance des agrosystèmes de l’AUP en tant que créateur des revenus et
d’emplois.

Figure 6.
Effets marginaux des variables explicatives sur la perception de l’enquêté sur
l’importance des agrosystèmes de l’AUP permettant la réinsertion sociale des
certaines personnes.

Figure 7.
Effets marginaux des variables explicatives sur la perception de l’enquêté
vis-à-vis du rôle des agrosystèmes de l’AUP contribuant à maintenir le contact
entre les producteurs et les consommateurs.
Le profil des enquêtés a bien montré que les
enquêtés étaient plus représentées plus dans les deux premières classes d’âges,
à savoir (17,25] et (25,35] et au fur et à mesure que l’âge augmente, l’effectif des enquêtés au
sein des classes diminue. Ces observations s’expliquent par les avances de WILLIAMS et al. (2015) selon lesquelles 60 % de la population africaine est comprise dans la
tranche d’âge des 15-34 ans.
Les modèles de régression logistique élaborés pour expliquer les
perceptions sur le rôle de l’AUP dans la création des emplois et des revenus
font ressortir que les habitants de la Ville de Beni sont unanimes sur cette
fonction économique. Ces observations pour la Ville de Beni sont similaires à
celles de la Ville de Dakar (Sénégal) où BA & MOUSTIER (2010) ont
constaté que la fonction de création d’emploi et de revenus de l’AUP est citée
par la plupart des catégories d’acteurs de l’AUP, sauf les intermédiaires et
les planificateurs et aménageurs. Ces auteurs estiment que la création d’emploi
et de revenus est également une fonction objectivement très importante surtout
pour les acteurs du milieu périurbain de Niayes, alors qu’elle est une fonction
accessoire pour ceux des autres zones du Sénégal.
En effet, les diverses activités de production, de transformation et de
commercialisation offrent différentes opportunités d’emploi pour une masse
importante de la population urbaine en situation de chômage chronique et de
ruraux en migration saisonnière (BA & MOUSTIER, 2010). La
dimension socioéconomique constitue, d’ailleurs dans la plupart des villes des
pays en développement, l’un de principaux justificatifs de la présence de
l’agriculture à l’intérieur et autour de la Ville de Beni comme l’a constaté
aussi DASYLVA et al.
(2020) dans la
Ville de Ziguinchor précisément au Sénégal. Les fonctions socioéconomiques se
traduisent essentiellement à la capacité des systèmes d’exploitation agricoles
à contribuer à la sécurité alimentaire des producteurs à travers la production
autoconsommée (DASYLVA et al.,
2020). À
Kinshasa, dans un contexte de chômage massif, l’AUP est ainsi apparue comme une
aubaine permettant à de nombreux citadins de pouvoir exercer une activité
professionnelle leur offrant des revenus. Elle est ainsi une source de revenus
financiers plus que de denrées pour ceux qui la pratiquent. L’argent généré par
la commercialisation des produits agricoles est souvent utilisé pour l’achat
d’autres biens alimentaires et les dépenses quotidiennes (ROBERTS et al., 2020).
Bien que l’on s’accorde à dire que l’AUP génère des emplois et des
revenus aux pratiquants, la principale difficulté, estiment (BRICAS et al.,
2003), est de
répondre à la question : Que représente de ce point de vue l’agriculture
intra et péri-urbaine ? La principale difficulté de réponse à cette question
tient au caractère plus souvent non reconnu de ces activités dans les
statistiques d’emplois s’il ne s’agit pas d’activités principales comme c’est
très souvent le cas. Selon les villes, on estime que l’agriculture et l'élevage
intra et péri-urbains occupent entre 5 et 30 % de la population active.
En plus des emplois directs relevant du secteur primaire, il faudrait
comptabiliser les emplois indirects qui en dépendent : fournisseurs d’intrants,
transporteurs, et surtout le commerce. Une part importante des agriculteurs
intra et péri-urbains vendent eux- mêmes directement leur production et cette
activité constitue une source de revenus, notamment pour les femmes (BRICAS et al.,
2003). Ainsi, BA &
MOUSTIER (2010) rapportent
des résultats d’une étude effectuée par DIAO (2004) qui estime
que l’agriculture urbaine et périurbaine a permis de créer plus de 30 000
emplois directs ou indirects, dont 15 000 en horticulture et 10 000 en aviculture.
En s’appuyant sur le rôle de l’AUP dans la création d’emplois et des revenus,
on peut arriver à montrer qu’il existerait une différence importante entre la
pratique intense de l’agriculture urbaine commerciale et celle de l’agriculture
urbaine sociale.
Dès lors, DE HALLEUX (2017) estime que malgré l’activité qu’elles ont en commun - à savoir faire de
l’agriculture en ville - ces pratiques n’ont pas les mêmes objectifs, valeurs
et sensibilité. Il semblerait que les personnes impliquées dans les projets
commerciaux aient des motivations fondées sur une passion pour l’agriculture et
une volonté de réalisation personnelle, plutôt que sur une réflexion sociale,
politique ou communautaire. A l’inverse, les organismes d’AUP à but non
lucratif ont une plus grande conscience politique et ont tendance à plus de se
situer dans une perspective de changement social (DE HALLEUX,
2017).
Dans la Ville de Beni, on se rend compte que les enquêtés sont plus conscients
que l’AUP facilite le contact entre les divers producteurs et les consommateurs
qui appartiennent souvent à des groupes socioéconomiques différents. Ce rôle
est largement plébiscité dans la littérature comme fonction clé de l’AUP.
D’après BERGERON et al.
(2002), l’AUP
crée un contexte favorable pour stimuler les interactions sociales, car elle
représente un moyen privilégié pour développer un sentiment d’appartenance et
un sentiment de propriété collective qui facilitent les échanges non seulement
au sein du groupe, mais aussi entre le groupe et le reste de la communauté.
Dans la même ligne d’idées, DUCHEMIN et al. (2008) estiment
que l’AUP procure plus un contexte social particulièrement pertinent pour les
personnes faisant face à l’isolement social, comme c’est souvent le cas pour
les personnes âgées, les personnes d’origines minoritaires et les personnes
socio-économiquement défavorisées. C’est par l’amitié et les rencontres entre
personnes des milieux socioéconomiques différents et d’origines ethniques
diverses (BOUVIER-DACLON et al., 2001) que ce contexte social peut se créer, même si parfois la dynamique
communautaire ne semble donc pas être une caractéristique émergente (BOUVIER-DACLON &SENÉCAL,
2001).
Cet article visait l’appropriation des
connaissances sur les perceptions de la population de la Ville de Beni et celle
de la zone qui jouxte directement son emprise urbaine sur la
multifonctionnalité de l’Agriculture Urbaine et Périurbaine (AUP) exprimée via les fonctions économiques. En guise
de conclusion, il est à retenir que la population de la Ville de Beni et ses
environs reconnaissent que l’AUP assure des fonctions économiques.
Par ailleurs, pour chacune des modalités de
variables explicatives des modèles qui prédisent la perception de la population
de la Ville de Beni et ses environs vis-à-vis du rôle de l’AUP dans la création d’emplois et de revenus aux
pratiquants, dans la réinsertion
sociale de certaines personnes et dans
la mise en contact entre les
producteurs et les consommateurs, la probabilité est la même et maximale. Par cette dernière fonction, l’AUP raccourcit le circuit de distribution et
minimise les conséquences liées aux intermédiaires en maximisant par ricochet
le prix au producteur. Une bonne gouvernance urbaine de la Ville de Beni
exigerait l’intégration de ces éléments dans sa planification. Des études
ultérieures focaliseraient l’attention sur l’analyse des filières et aussi des chaînes
des valeurs qui découlent de cette activité innovatrice pour la Ville de Beni
en RDC.
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[1] Chef de Travaux en Faculté des Sciences Agronomiques
de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC) : kahambumatimbya@gmail.com
[2] Assistant en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[3] Assistant en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[4] Assistant en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[5] Enseignant à l’Institut du Bâtiment et des Travaux
Publics (IBTP-Butembo, Nord-Kivu/RDC)
[6] Professeur en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Kisangani (RDC).
[7] Professeur Ordinaire en Faculté des Sciences
Agronomiques de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[8] Professeur Ordinaire en Faculté des Sciences
Agronomiques de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).