https://doi.org/10.57988/crig-2310
Nathalie
Menomavuya
Résumé
La RDC se trouve
dans une situation d’insécurité, surtout dans les zones de l’Est. De l’autre
côté, il n’y a pas d’initiative étatique pour soutenir les opérateurs
économiques. Pourtant les transactions économiques, avec l’intérieur et
l’extérieur, continuent. La ville de Butembo n’est pas du reste. Ce travail
analyse les facteurs explicatifs du niveau de développement de la ville de
Butembo. En abordant ce thème, notre objectif est d’identifier et comprendre
les causes, le fonctionnement, des éléments qui ont influencé positivement le
développement économique de la ville de Butembo. Les résultats montent
que le développement de la ville de Butembo se fait suivant le modèle
mixte. Les acteurs
internes se soutiennent mutuellement sous la vision de
l’individualisme-solidaire.
Mots clés : modèle de développement, développement
économique
Abstract
The DRC is in a situation of insecurity, especially in the eastern
areas. On the other hand, there is no state initiative to support economic
operators. Yet economic transactions, with the interior and the exterior,
continue. The city of Butembo is not the rest. This work analyzes the
explanatory factors of the level of development of the city of Butembo. By
addressing this theme, our objective is to identify and understand the causes,
the functioning, of the elements that have positively influenced the economic
development of the city of Butembo. The results show that the development of
the city of Butembo is done according to the mixed model. The internal actors
mutually support each other under the vision of individualism-solidarity.
Keywords: development model, economic development
Introduction
|
L |
es
modèles de développement ont pour objectif de démontrer la mécanique de la
croissance et d’expliquer comment et pourquoi une économie se développe. Cette mécanique est
enclenchée dès lors qu’un surplus apparaît et qu’il est affecté à
l’accroissement de la capacité de production. Il s’agit d’un investissement qui
accroît le stock du capital déjà disponible au départ. Le modèle de
développement est caractérisé par des facteurs politiques et économiques ;
raison pour laquelle le surplus économique sera orienté par les gouvernements, pour la plupart des cas. Il n’est pas un effet
du hasard, mais quelque chose à planifier et à promouvoir[1].
Le
modèle de développement devrait reposer sur des piliers choisis par le pouvoir
public, permettant de consolider le système de l’économie nationale. Il s’agit de
mettre au point un schéma d'organisation sociétale de la production, de la
distribution, de la consommation des biens et services. Il n’est pas dit que le
modèle de développement se conçoit seulement sur le plan national. On le conçoit même au
niveau local. C’est l’analyse intrinsèque de l’économique, de la population
concernée qui permet de faire un choix adéquat.
Les
économies dans les pays pauvres n’aboutissent pas au développement car leur
dénominateur commun est la théorie de la modernisation comme prototype du
développement[2]. Cette théorie qui
consiste à transformer les sociétés traditionnelles en impulsant la croissance
économique par le développement des économies industrielles. Au vu des résultats des politiques étatiques,
les populations se prennent en charge. C’est pourquoi dans un pays, l’on
trouvera plusieurs modèles de développement économique, selon que les
populations ont trouvé rentable ou non tel ou tel autre secteur sur lequel
elles vont asseoir leurs économies.
L’économie
de la République Démocratique du Congo a été mise à mal et plus
particulièrement celle des provinces de l’est[3]. Cette économie a été
caractérisée par des problèmes de gouvernance, des guerres à répétition, des
pillages et l’exploitation illégale des ressources naturelles aggravée par des
décisions économiques incohérentes conduisant à un bilan social catastrophique.
Les ressources exploitées sans payement d’aucune taxe sont tellement nombreux
par les autre pays. Citons à titre d’exemple,
l’exploitation de l’or de l’est du pays par le Rwanda et l’Ouganda en 2000 s’élève respectivement
à 14 et47, 5[4]. Le
gouvernement centrale ne sais pas contrôler toutes les sortie de la
production qu’elle soit agricole ou minière.
Malgré
ces désarticulations, en ville de Butembo les entreprises locales œuvrant dans différents secteurs d’activités, ont
permis l’expansion marchande et économique de la ville.[5] Butembo se développe et
se tape une place de choix dans l’économie de la nation. Les zones
environnantes dépendent de
ses activités. Alors que c’est le même peuple qui se trouve à
Butembo et environ, quels facteurs favorisent cette expansion économique. Ou
encore que font les opérateur de Butembo pour
maintenir leurs activités ?
Ce
travail analyse les facteurs explicatifs du niveau de développement de la ville
de Butembo. L’économie de Butembo est importante malgré l’insécurité permanente
qui y règne. Ainsi, est-il question d’analyser son modèle
de développement économique. Il en
découle la question
suivante: Quels sont les facteurs
explicatifs de modèle de développement économique de la ville de Butembo
?
Ce
travail veut, dans la mesure du possible, exposer la manière dont la ville de
Butembo se démène, quel que soit les turbulences dans l’environnement
politique. Ainsi,
comme hypothèse de base, le développement de la ville de Butembo
serait promettant en long terme si, et seulement si, le pouvoir public prenait
ses responsabilités à ce qui concerne l’encadrement et l’accompagnement des
initiatives locales. Ce développement devrait être une résultante de plusieurs facteurs ;
entre autres, sa localisation non loin de la frontière Congolo-ougandaise, son
histoire, le dynamisme de sa population caractérisé par la multiplicité des
activités lucratives: agriculture, élevage, commerce,…. Soulignons que le
modèle de développement économique de Butembo serait celui reposant sur les
échanges avec l’extérieur et les initiatives locales des privées.
Notre
recherche
permet d’expliquer le mécanisme et le processus d’émergence économique et
social de la ville de Butembo ainsi que
d’identifier les facteurs qui ont influencé positivement ou négativement cette
émergence. Tout en circonscrivant le contexte historique, nous analysons les effets
de la dynamique de ladite population. Nous nous intéressons à la
contribution de chaque acteur économique
au processus de développement local.
Enfin, faire une projection dans l’avenir et se prononcer sur le sort de
ce modèle dans le long terme.
I. La méthodologie
Le présent travail analyse un thème pluridisciplinaire : ce dernier
touche plusieurs aspects, entre autres l’économie du développement, la sociologie, l’anthropologie,
l’histoire et la géographie. En vue de comprendre la façon dont le
développement s’est imposé dans le milieu d’investigation, il a été convenable de recourir à l’
l’induction. La thématique en étude revêt différentes dimensions ; ainsi
pour bien explicités ses différents rouages, la méthode précédemment citée appuyé par
plusieurs approches, notamment l’approche dynamique appelée aussi approche du
développement local, l’approche qualitative, l’approche historique, l’approche
systémique, l’approche géographique, l’approche analytique et l’approche
socio-anthropologique. L’interdisciplinarité est
une collaboration entre ces disciplines qui conduit à des révisions internes au
sein de chacune d’entre elles, à de nouvelles orientations et à la vision d’une
complémentarité nécessaire pour la compréhension de la réalité étudiée.[6]
Pour exploiter les données, on a utilisé
l’analyse du contenu des informations reprises des récits de différents
acteurs. L’étude est essentiellement descriptive, compréhensive et explicative
d’une réalité, celle des facteurs et des initiatives qui ont déclenché le développement de la ville de
Butembo. Nous partons des données
collectées, des faits décrits, pour aboutir, par l’interprétation des
résultats, à la compréhension et à l’explication du modèle de développement
économique.
Le choix de l’opérateur était fonction de
l’ancienneté dans le secteur d’activité où il est le plus présent. Pour avoir
les données, nous nous adressons l’opérateur le jour où il se sent un peu
libre. Ce qui nous permet de discuter longuement. Un guide d’entretien était à
notre porté pour ne pas aller hors contexte du présent travail.
II.
Le
modèle de développement économique
Dans la recherche de
la compréhension du développement de la ville de Butembo, il est indispensable
d’expliquer les différents concepts de base dans les sciences de développement.
Nous
expliquons les concepts suivants : le développement économique, le modèle
de développement et le développement local.
II.1.
Définitions
VERNIERES[7] définit le développement
économique comme étant un processus de transformation des structures
productives et sociales qui permet la longue période d’un accroissement
relativement régulier de la quantité des biens et services disponibles pour la
population. La variable explicative c’est l’offre disponible.
Ainsi, le développement économique sous attend
la mobilisation optimale des ressources dont dispose l’économie d’une nation. Il est une
restructuration de l’ensemble de l’économie et de création de liens intersectoriaux, de rééquilibre régionaux, de modification
du modèle de distribution du revenus.[8] La disponibilité des
biens sur le marché et le niveau d’accessibilité par toutes les couches de la
population compte beaucoup pour qu’on dise qu’une région a à son sein le
développement économique. Le développement économique prend comme principale
variable explicative, l’évolution du niveau de revenu.
Le
modèle de développement a pour objectif de démontrer la mécanique de la
croissance et d’expliquer comment une économie se développe. Cette mécanique
est enclenchée dès lors qu’un surplus apparait, c'est-à-dire la production
dépasse la consommation, et qu’il est affecté à l’accroissement de la capacité
de production. A un certain niveau, le modèle peut se confondre avec la
stratégie. C’est donc la formulation de la combinaison souhaitée des moyens
disponibles en investissement et travail pour attendre un objectif.[9]
Conçu
sur une surface bien défini, le développement local devient)=
un processus qui mobilise des personnes et des institutions cherchant à
transformer l’économie et la société locales en créant des opportunités et de
revenu afin d’améliorer les conditions de vie de la population. Il s’agit d’un
effort situé et concerté des responsables, des entreprises et des habitants qui
se coordonnent afin de susciter des activités qui favorisent des changements
dans les conditions de production et de commercialisation des biens et services
en recherchant la valorisation et l’activation des potentialités et des
ressources locales[10].
Il
s’agit d’une stratégie d'organisation de ses propres conditions de
développement. Il a pour fondement le dynamisme de la population locale. Loin
d'opposer le développement par en haut au développement par en bas, il souligne
la pertinence des actions locales pour la réalisation d'objectifs
macroéconomiques. Loin de voir dans le partenariat un substitut ambigu au
marché, il explique son rôle moteur pour de nouveaux marchés. Loin de suspendre
le développement à une dotation naturelle favorable, il démontre qu'il peut
aussi résulter de la construction de ressources. Loin d'expliquer la
localisation par le simple jeu des distances et des coûts, il souligne que les dynamiques
sociales résultent de facteurs sociaux autant qu'économiques[11].
Quelques
modèles
de développement ont fait des effets à travers le monde. Quelques modèles de développement économique
sont analysés ci-dessous.
II.
2. Les principaux modèles de développement
Que
ça soit la spécialisation ou la diversification, le développement a une
origine : origine extérieure d’où le modèle de développement exogène et
l’origine intérieure, il s’agit du modèle de développement endogène.
II.2.1.
Le modèle endogène
Le
développement endogène se dit aussi développement par le bas[12]. Dans cette conception,
le développement est vu comme un processus endogène d’évolution du corps social
à travers la réalisation d’un programme des restructurations et
d’investissement qui permet de réaliser cette évolution. Dans ce cas, la
restructuration et l’investissement constituent un bouleversement et une remise
en cause des conditions sociales de vie des populations[13].
Dans
les années 80, les modèles de croissance endogène ont renouvelé l’approche des
économistes sur la croissance. Ces derniers sous-entendent une économie boostée
par les externalités, tels que les infrastructures, l’accumulation des
connaissances, etc.[14] Ces derniers vont
permettre une forte production (due essentiellement au progrès technologique)
sur un territoire et c’est le rendement d’échelle qui permettra à ce milieu de
s’imposer sur les autres. D’où le déclenchement de son développement.
Les
théoriciens du développement conçoivent la croissance endogène comme une
résultante du seul progrès technologique. Or, la croissance économique ne
dépend pas uniquement de l'accumulation du capital machine, mais également, ou
même à un degré plus important, du capital humain. Les mécanismes de formation
de ce capital humain[15] ont été depuis longtemps
l'objet de la théorie du sous-développement par la désindustrialisation et la
spécialisation inégale subie par le Tiers Monde[16]. À côté de cette
réalité, on constate avec le temps que d’autres parties du monde se développent
sans avoir des industries. Il y a certains pays pour lesquels l’économie repose
sur le tourisme ou autres activités.
Le
développement endogène a pour forces d’encourager les initiatives locales. Et
par conséquent il peut permettre aux populations de vite accumuler les
richesses et contribuer au développement de la nation de manière active. Il
permet de valoriser de façon continue les ressources locales. Sous cette
logique, les idées de la division internationale du travail selon la conception
traditionnelle sont contredites. Car avec le développement des initiatives, on
sera capable de créer des unités de transformation et exporter des biens à
valeur ajouté intéressante.
Ce
modèle est limité par le fait que son application dans des États où la
gouvernance est mal organisée, il est difficile de contrôler toutes ces
variables, il faut une nation capable. Pour contrôler tous les rouages, on
observer à une certaine lourdeur dans l’administration. Comme limite,
soulignons le fait que l’économie utilise seulement ses ressources alors qu’il
y a moyen et bloqué dans ce qui concerne la fabrication des bien pour lequel
les dotations factorielles sont limités ou inexistantes localement alors que le
capital humain disponible en est capable.
II.2.2.
Le modèle exogène ou extraverti
À
l’opposé du modèle endogène, l’économie est extravertie. Dans ce cas, le
territoire peut être vu comme une ressource[17]. Au vu de la théorie
ricardienne des avantages comparatifs, une région peut attirer l’attention des
multinationales. Les retomber de l’implantation de ces derniers fera naitre
localement un développement qui, n’est pas l’émanation de la communauté locale
: le développement exogène qui a pour base l’attractivité de forces
extérieures.
Le
modèle de développement extraverti a pour limite son appropriation par le pays
receveur. Si la population ne trouve pas son intérêt dans ce type de
développement, il aboutit difficilement. Raison pour laquelle le développement
doit se concevoir en équipe : d’un côté les locaux et de l’autres les investisseurs
étrangers pour qu’il soit cohérent et durable. D’où le modèle de développement
mixte.
II.2.3.
Le modèle de développement mixte
Ce
dernier est un modèle intermédiaire qui combine les deux premières
catégories : les aspects endogènes et les aspects exogènes. Ce modèle se
rapproche plus de la réalité car il est difficile de trouver une nation qui se
développe rien que
à cause de ses ressources (ressources locales), d’un côté et de l’autre côté il
est aussi difficile de trouver un pays ou une région qui se développe rien que
par impulsion extérieure. Le mariage de certains éléments pris de part et
d’autre dans les modèles précédents renforce l’aspect du réel du développement.
II.2.4. Développement sans
modèle
Il s’agit à ce niveau
d’une région qui se développe sans aménagement préalable des autorités de la
façon dont les activités économiques vont s’effectuer. Chaque acteur aménage
son modèle selon son objectif. Il est difficile de dégager les éléments de l’un
ou de l’autre modèle parmi les deux premiers (endogène et exogène) si ce n’est
au niveau des acteurs pris individuellement.
III. Butembo et le développement économique
La
ville de Butembo est essentiellement commerciale. À côté du commerce, il
s’y développe d’autres types d’activités, notamment l’agriculture, l’industrie,
l’artisanat et quelques entreprises de service.
III.1.
Histoire économique de la ville
L’histoire
économique de la ville de Butembo est essentiellement une histoire du commerce.
Elle se résume en quatre étapes[18].
Primo,
le colportage : Il s’agit du
commerce ambulant de la population locale. Cette étape caractérise l’époque
précoloniale. Avec la spécialisation dans la production des différents milieux,
le commerçant transportait au dos pour aller chercher d’autres biens avec
lesquels échanger sa production, c’est le troc.
Secundo,
l’ouverture
des boutiques : Elle se généralise avec la colonisation et aussi avec
l’avènement d’investisseurs grecs et indiens sur le marché local. La population locale qui se mettait à leur
service a imité le commerce des colons.
Tertio,
l’enclavement excessif et le développement du commerce interpole : Cette
étape se caractérise par les différentes guerres, des rebellions. Avec
l’insécurité, toutes les voies officielles ont été fermées et pour survivre, la
population a été obligée de se tourner vers le commerce frauduleux. Ce dernier
caractérise le commerce sur des biens particuliers des hommes d’affaires.
Quarto,
le retour au commerce formel : Avec une certaine accalmie sécuritaire
partielle, le marché a été restreint, mais la voie formelle s’est rouverte pour
les opérateurs.
III.2.
Les indicateurs du développement en ville de Butembo
Un
indicateur est une statistique ou un élément qui sert de référence dans
l’appréciation ou la mesure d’une dimension de l’activité économique.
L’indicateur change d’un milieu à l’autre et selon les objectifs de l’étude.
Dans tous les cas, l’indicateur se choisi de façon objective.
Pour
le cas échéant, nous considérons comme indicateurs l’évolution du chiffre
d’affaires, l’évolution du nombre d’opérateurs, les constructions en dur, la
diversité des secteurs d’activités, l’expansion et la construction des
infrastructures de base dans la ville, installation des succursales des
banques.
IV. Butembo, entre
mondialisation et développement endogène
Il
est question d’expliquer, tant soi peu, les facteurs qui ont favorisé le
développement de la ville de Butembo.
L’économie de la ville de Butembo a comme soubassement
plusieurs facteurs. Examinons les facteurs suivants : la densité de la
population, le
dynamisme social, l’histoire, la géographie, les potentialités agricoles et
minières, la multiplicité des entreprises, le commerce.
IV.1.
La population, facteur de développement
Butembo est une ville qui voit sa population croitre
au fil du temps. Avec
une croissance de 225 547 à un intervalle de seulement six ans
(une population qui est passée de 710 801
en 2014 et 936 348 à 2020.[19]
Il est évident que les facteurs soient nombreux ; mais selon le rapport
consulté, cette croissance est due en grande partie à la natalité. Le milieu
est essentiellement
peuplé par les Nande qui, du reste, sont caractérisés par un comportement
nataliste très poussé. Raison pour laquelle ils ont songé à numériser les noms
selon les naissances[20]. En plus d’autres
raisons sont les suivantes le climat favorable, la situation alimentaire, la
présence des infrastructures sanitaires, le rôle de l’habitat groupé (les gens
aiment vivre ensemble, c’est ce qui a motivé certaines personnes de quitter
leurs milieux pour s’approcher des autres).
Le
choix d’implantation des activités économiques est motivé par la concentration
de la population. Cette dernière est une demande potentielle qui stimule les
investisseurs. Lorsqu’un investisseur veut placer son argent dans une affaire,
il faut qu’il soit sûr de le récupérer après un temps donné. Personne ne peut
faire une activité économique sans avoir un objectif. Et l’objectif de tout
acteur rationnel est de maximiser le profit. Pour atteindre cet objectif la
présence d’une demande s’avère indispensable. Ceci est confirmé par les récits
suivants :
« J’ai
créé[21] mon entreprise en ville de Butembo par ce que je suis
natif d’ici. Mais on ne peut pas se voiler la face, tout ce que nous faisons
c’est pour gagner de l’argent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle
j’ai choisi le secteur de production de vin. Il est parmi les secteurs
rentables localement »
« Quand
j’ai commencé mon activité[22], il y avait déjà d’autres opérateurs sur le marché.
Mais j’ai déjà mes propres clients. Les gens veulent essayer les nouveautés et
il suffit que tu gères les clients un peu mieux pour que tu te tapes ta part de
marché »
« La ville de Butembo est bonne pour les
affaires. Quand quelqu’un produit ou vend de la marchandise dans un coin, les
acheteurs ne manquent pas. Le marketing se fait surtout de bouche à oreille
quoi que l’on puisse utiliser les médias de temps en temps.».
IV.2.
Le dynamisme social de la population
La dynamique de la population est le facteur clé du
développement d’une contrée. Le fait d’être nombreux ou d’être positionné à
côté de la frontière ou sur une route nationale ne peuvent pas déclencher le
développement. Il faut que la population exploite ces facteurs, les combine
pour produire
des richesses. Tous les facteurs susdits sont des potentialités qui doivent
être transformées en richesse par la population.
Le
dynamisme de la population de Butembo est visible par le fait qu’elle se donne le
goût de risquer pour entreprendre. A côté des initiatives et du goût de
risquer, les uns prennent soin des autres. De par la formation que la
population a reçue, on ne doit pas évoluer seul, il faut
se soutenir mutuellement. Avec des entrepreneurs qui donnent comme
motivation :
« j’ai eu mon
capital dans la débrouille comme les autres» ou encore
« je faisais beaucoup de
technique depuis mon enfance »,
« quand on me donne de l’argent, je ne peux pas consommer
tout, je dois garder quelque chose pour que prochainement je commence mon
entreprise, car le fait d’être travailleur ne permet pas le développement
économique de quelqu’un »
Ceci
se visualise sur la figure ci-dessous :
Figure 1. Origine des capitaux
Source :
nos enquêtes
IV.3.
Le paternalisme en ville de Butembo
Le paternalisme est un système, une conception selon
laquelle les rapports entre patrons et ouvriers ou le rapport avec les
partenaires d’affaires doivent être régis par les règles de la vie familiale,
caractérisées par l'affection réciproque, l'autorité et le respect. C’est un
comportement, une attitude consistant à maintenir un rapport de dépendance ou
de subordination tout en lui donnant une valeur affective à l'image des
relations familiales[23].
Le nom de paternalisme désigne cette tendance à se conduire comme un père envers
des personnes,
même majeures, sur lesquelles on exerce
ou souhaite exercer une autorité. Cette attitude peut être
volontaire, involontaire et inconsciente.
Ce système présente aussi bien d’avantages que d’inconvénients.
Le
paternalisme économique présente beaucoup d’avantages pour le
développement de la ville de Butembo :
-
Il permet à un entrepreneur naissant de profiter
pleinement de l’expérience de ses aînés. Le parrain ou mentor montre tout ce qu’il faut : des
actions qui lui ont procuré le succès et celles qui ont failli le ruiner et
c’est à l’apprennent de bien considérer les différentes situations.
-
Il permet la minimisation des coûts dans le chef de la
personne parrainée ; le cas le plus pratique est la minimisation du
transport, de la déclaration, de l’entreposage et des exigences fiscales, du
loyer, etc. Il permet d’échapper aux tracasseries fiscales.
-
Il permet de profiter des connaissances de ses ainés
pour entreprendre les partenariats d’affaires. On travaille généralement sous
le nom du parrain et on utilise ses partenariats sans problème. À ce
niveau, le parrain
joue comme le ferait un commissionnaire. Il permet
à la personne parrainée de faire tout à son nom mais pour son compte.
Aux yeux du monde extérieur se sont les affaires du parrain.
-
Il rend facile l’apprentissage parce que cela se passe
avec des personne bien connues. Avec un ami ou un
parent, il est facile de parler des affaires sans tabou et de montrer à
l’apprenant tout ce qu’il faut pour être compétitif localement.
-
Le paternalisme c’est une voie efficace pour
contourner la solidarité malveillante qui caractérise la culture Nande. Au lieu
de donner à chaque fois de bien ou de l’argent on juge mieux de lui apprendre à
travailler et comme ça la personne se prend en charge avec toute sa descendance
et son ascendance.
Bien
que ce système ait des avantages qui ont permis le développement en ville de
Butembo, il présente quelques inconvénients :
-
Le paternalisme occasionne à un certain moment une
concurrence déloyale dans les affaires. Car connaissant toutes les cartes à la
disposition de son parrain, les jeunes sont en train de se dresser contre ce
dernier à lui faisant des coups bas pour ainsi le faire disparaitre du
marché ;
-
Il favorise le moindre effort. On compte toujours sur
son parrain et on ne sait pas faire mieux. On ne se sent pas en compétition
avec le reste du monde concernant la perfection de ses compétences, son capital
humain ;
-
Du point de vue de la loi, c’est une fraude.
Le paternalisme s’organise de différentes manières
selon les circonstances
dans lesquelles il intervient. Ainsi est-il que l’exhaustivité n’est pas
assurée. Présentons quelques cas illustratifs.
Le
paternalisme dans le travail : selon nos enquêtes, le constat est que dans
les critères de recrutement des travailleurs, c’est l’aspect familial ou amical
qui compte le plus. Les opérateurs économiques emploient
généralement les proches. C’est sous cet aspect du paternalisme que le
travailleur évolue petit à petit au côté du parrain pour un jour devenir
autonome. Le travailleur commence par le poste le plus bas, serveur au magasin.
Après la maitrise de cette étape, il devient logisticien, celui qui s’occupe
des mouvements des stocks. Si le patron apprécie sa bravoure et qu’il trouve la
détermination d’apprendre dans le chef de son travailleur, ce dernier sera
promu « ravitailleur » de l’entrepôt. Ce dernier poste sous attend
que le patron aille initier son travailleur pour des achats à l’étranger. Dans
ce cas, le patron voyage momentanément avec lui pour l’initier. Pendant des
voyages avec le patron, l’agent fera la connaissance de tous les partenaires et
de toutes les astuces du commerce. C’est maintenant avec l’évolution de son
épargne qu’il va se déterminer pour son autonomie. À cette étape, la
relation travailleur-patron devient partenariale.
Le paternalisme dans le
commerce extérieur : après analyse des récits, nous avons constaté
que pour se lancer dans le commerce extérieur, il y a toujours un proche pour
l’accompagnement. un familier, un ami ou une
connaissance qui détient déjà un capital, généralement insuffisant, négocie le
coup de mains du patron. Ce dernier peut l’aider de plusieurs façons. Il peut,
à travers ses connaissances, lui faciliter les différents documents lui
permettant d’amorcer son commerce en usant de son influence au sein des
institutions compétentes. Ou bien, ce qui est le plus usuelle, copter cette
opératrice en gestation et lui faire travailler en utilisant ses documents.
C’est la confiance qui compte beaucoup à ce niveau. Le nouvel opérateur confie
son argent à son parrain. Ce dernier voyage et lui ramène la marchandise.
Le nouveau ne va payer que le coût d’achat de sa marchandise et le parrain
supporte tous les autres frais : le voyage aller-retour, le transport des
marchandises, les frais de dédouanement, le transbordement (s’agissant des importations lointaine),
les manutentions à tous les niveaux. À l’arrivée, on livre la
marchandise et on lui renseigne sur la façon de vendre au niveau local. C’est
après acquisition d’un capital un peu plus consistant, qu’il va se mettre en
ordre avec les documents et ainsi devenir autonome. Le parrain reste le
conseiller d’affaire.
Le
paternalisme dans la création d’une unité de production locale : les
opérateurs ont avoué qu’il y a une personne détentrice de l’idée
de crée une usine mais n’a pas de moyen suffisant. C’est qui bloque ici c’est
l’acquisition des documents, en général. Le concepteur de l’idée va vers un
commerçant réputé lui expliquer son idée. S’il approuve l’idée, il décide de
parrainer. Le concepteur de l’idée est considéré comme un actionnaire ayant
fait des apports en industrie et l’opérateur parrain libère les fonds, soit
seul, soit avec ses amis. Les productions commencent à l’usine en utilisant le
nom d’un des actionnaires. Toutes les
démarches à tous les niveaux sont faites au nom de l’actionnaire propriétaire
des documents. C’est avec l’accroissement de l’entreprise que tous les
actionnaires réunis vont décider du nom, de la marque et de la légalisation de
l’unité de production. Ce système se vit aussi dans le secteur des services.
C’est sous cette forme de paternalisme que les opérateurs ont initié l’usage
communautaire des magasins.
D’après l’historique des entreprises en ville de
Butembo, la tendance était telle que chacun voulait entreprendre et gérer seul.
Les cas les plus fréquents sont ceux des initiatives en groupe et de
l’héritage. Pour le cas de la création d’une entreprise en groupe, on visait de
rendre le capital plus consistant et après un certain moment, on divisait les
biens acquis par l’entreprise proportionnellement aux mises ou selon la
convention préalablement établie. La scission des entreprises n’était pas
favorable à tous et cela a favorisé l’insécurité pour celui qui se maintenait
sur le marché. C’est la même chose pour l’héritage. Un
opérateur meurt et laisse derrière lui une ou plusieurs entreprises ; avec
le partage entre les héritiers les uns deviennent prodigue et les autres
continuent à fructifier leurs parts. D’où l’insécurité de celui qui résiste
vis-à-vis de ses cohéritiers qui n’ont plus rien.
Actuellement,
la tendance s’est de s’inverser. Les gens ne recourent plus à l’individualisme mais
plutôt au regroupement. Car dit-on, une entreprise
individuelle est plus vulnérable qu’une société avec plusieurs associés ou
actionnaires[24].
Concernant l’héritage, l’expérience a montré que quand on fait le partage,
l’entreprise disparaît automatiquement mais quand on fait une gestion commune
avec les autres héritiers, qui deviennent des contrôleurs de celui qui sera
nommé gérant ou directeur général, la pérennité de l’entreprise est garantie.
Les mutuelles et associations interviennent presque
dans la même logique. Elles permettent à leurs membres de créer une entreprise
ensemble avec un capital trop petit que chacun apporte. Après une échéance bien
déterminée on peut
décider du partage ou non. Un autre avantage de ces groupes et qu’ils sont assis sur des
bases du sociale et leurs activités ne sont pas
trop suivies par le fisc. Elles sont soutenues par l’idée selon
laquelle elles créent un autofinancement pouvant être capable de réaliser les actions sociales
poursuivies.
Avec
tous ces modes de prévention, il existe une préférence dans les formes de
relations existantes pour que l’entreprise résiste aux aléas du
marché.
Figure 2. Relation prioritaire
Source :
nos enquêtes
Cette façon de vouloir toujours être à côté des autres
explique aussi la concentration des opérateurs dans le centre commercial. Les
entreprises se trouvant dans les autres milieux, sont pour la plupart de cas
des extensions des activités
au centre commercial. Le vouloir être proche explique aussi la
cartographie des activités au sein du centre commercial : on se rend de
plus en plus compte que les magasins ou boutiques vendant les mêmes produits se
concentrent dans un lieu spécifique et ce, sans intervention du pouvoir urbain.
Les opérateurs ne voient pas comme un concurrent un autre qui arrive sur le marché.
C’est pourquoi la guerre commerciale est minimisée.
L’opérateur
voit en son voisin (l’opérateur qui œuvre à côté de lui) une ressource ou un
secours en cas de nécessité. Quand un client frappe à la porte de l’un
et qu’il demande un produit inexistant, l’opérateur s’approvisionne à côté.
Cette pratique renforce ce que nous avons appelé paternalisme car, en vendant à
son voisin opérateur, quel que soit la quantité achetée, il est taxé comme un
grossiste. Par conséquent, le
paternalisme économique prend la forme de l’entraide mutuelle où
les uns se mettent au service des autres sans contrepartie directe. Au nom de
ce dernier, le marché fonctionne en contradiction de ce qui se serait manifesté
sur un marché concurrentiel. Comme on est sur un territoire caractérisé par des
tracasseries fiscales, les
relations avec les agents de l’état permettent d’échapper à
certaines exigences fiscales.
Ce paternalisme et dynamisme qui concourent au
développement économique ont
été affectés par d’autres facteurs parmi lesquels nous soulignons les éléments
historiques.
V.
L’avenir du
modèle
de développement économique de Butembo
Dans les explications précédentes, il
ressort que le pouvoir public est inexistant dans l’élaboration et la
réalisation du développement local. L’économie de Butembo n’est pas une
économie planifiée et donc les visions diffèrent selon les acteurs. Il revient
à chaque acteur de préciser le pourquoi de son intervention dans le
processus.
Les
acteurs étatiques, partant de l’histoire de la création de la ville n’ont pas
fait beaucoup d’efforts. Après que la ville a
été nommée, le pouvoir central s’est vu dans l’obligation de la doter des
institutions tant politiques qu’économiques. C’est la raison de l’installation
des régies et autres institutions économiques. D’où l’acteur le plus important
dans la constitution de Butembo en tant que ville et centre de concentration
des activités commerciales est sa population, représenté dans le cas échéant
par les commerçants.
Partant des théories connues, un
commerçant trouve son intérêt là où le profit est garanti. Donc nous sommes
incités à croire que la création du centre commercial de Butembo est assise sur
la recherche du lucre. Et cette logique n’exclut pas les autres types
d’acteurs, surtout les institutions internationales. Ils se sont retrouvés sur la place de Butembo car leur calcul leur montre un
gain possible. La conséquence est que le modèle fait apparaitre une certaine
réalisation de soi, un individualisme. Et de l’autre côté l’entraide entre les
différents acteurs économiques.
V.1.1. L’individualisme
C’est une pratique par lequel l’individu
se prévaut par rapport au groupe et à la collectivité. C’est une forme de
capitalisme. Un individu pour évoluer a besoin des
autres comme des facteurs favorisant l’atteinte de son objectif. Au vu des réalités de
Butembo la situation est visible. Une personne peut travailler pour un
opérateur et lui permettre de construire une dizaine de grandes maisons alors
qu’il croupi encore dans une misère. Il est dans l’incapacité de se faire une
maisonnette en pisée. C’est
en quelque sorte l’exploitation de l’homme par l’homme. Exploiter
de l’autre devient la règle de jeu.
Ceci
s’explique par le fait que les entreprises sont formelles mais font travailler
les agents sous la forme du travail informel
pour minimiser les charges. L’opérateur maintient le salaire de ses employés en
dessous du minimum légal juste pour se créer des rentes de la situation. Les
contrôleurs étatiques ne sont pas rigoureux à ce sujet car ils reçoivent
facilement la corruption et faire taire l’affaire. La recherche des gains et du
bonheur personnel devient monnaie courante ; c’est une véritable jungle
qui se vit.
À côté de cette situation survient
une certaine humanité de la part des patrons à travers la solidarité.
V.1.2.
La solidarité
La solidarité est une des pratiques
locales qui exigent que les personnes ayant un lien familial ou communautaire
s’assistent mutuellement. La ville de Butembo avec sa structure ethnique
presque homogène, les uns sont dans l’obligation d’assister
les autres. L’entraide devient comme une contrainte du savoir vivre.
C’est
dans le cadre de la solidarité que les embauches se font sans contrat avec
comme critère clé la connaissance ou bien l’existence des liens familiaux. D’où
la logique formelle mise en part. Même si les gens se soutiennent la dose de
domination persiste encore.
D’où
la vision de l’économie de la ville est le
mariage de ces deux systèmes : l’individualisme et la solidarité.
V.1.3.
L’individualisme solidaire
Ces deux mots sont juxtaposés du point de
vue de leur sens mais ils conjuguent ensemble pour donner le sens à
l’économie de Butembo.
Chaque
acteur veut se recherche le gain mais à côté de lui des autres personnes ont
besoin de son aide. Pour concilier ces deux variables, les gens se regroupent
selon les rapprochements des revenus, sauf pour les familiers. Il est facile
pour un individualiste d’aider s’il considère cette dernière comme une sécurité
sociale. Ils se disent « quand ça arrive chez l’autre il faut que j’agisse
pour qu’un jour quand c’est chez moi il fasse de même ». Par exemple dans
la coutume si quelqu’un a deuil ou mariage et que l’autre l’assiste en donnant
une « chèvre[25] ». Le jour qu’il
sera dans la même situation, celui qui avait été bénéficiaire est dans
l’obligation d’intervenir à la même hauteur.
Par
conséquent s’il y a un important écart dans le revenu, l’un ne sera pas à la
hauteur de rembourser. La solidarité se vit comme
des emprunts, un peu comme des tontines d’interventions. Avec l’individualisme,
on voit les uns s’éloigner des autres et créer des groupes homogènes en prenant
pour facteur le revenu.
La vision du modèle suit donc le système
de l’individualisme solidaire. Ainsi, peuvent-ils exister les éléments à la
base des freins de l’évolution économique de ladite ville.
V.2.
Les contraintes majeures à l’évolution économique
Les contraintes à l’évolution est la
pérennisation du développement sont nombreuses, mis en part les exigences que
doivent réaliser le pouvoir centrale. Les plus importants sont l’extraversion
de l’économie, l’insécurité et l’ignorance des opérateurs économiques.
V.2.1.
L’extraversion de l’économie
L’économie de la ville de Butembo est
tournée vers l’extérieur. Même si quelque part dans l’histoire économique nous
avons présenté ce phénomène comme positif, il y a lieu se retirer quelques
mérites. Dans la situation décrite précédemment l’extraversion a sauvé la ville
et a permis à l’économie de tout le pays de se relever.
Mais actuellement avec la détérioration
rapide du terme de l’échange, se tourné vers l’extérieur devient une menace
pour l’économie locale. La raison est
simple, la RDC tout comme la ville de Butembo exporte des matières brutes ainsi
que les produits agricoles non consommés localement qui n’ont aucune valeur
ajoutée. En plus le commerce de ces
produits suit le cours étranger : ce sont les acheteurs qui fixent le prix
et de l’autre côté concernant leur produit manufacturé ils sont toujours là
pour fixer le prix.
Les importations deviennent plus
importantes en valeur que les exportations, la balance commerciale est
déficitaire. L’extraversion a eu pour conséquence la désertion du secteur
agricole. Avec l’esprit de mimer toutes les actions sans mesurer les pours et
les contres, les opérateurs économiques actuels se lancent dans le commerce
extérieur et laisse tomber le secteur agricole. Or, ce dernier est la base sur
laquelle l’économie devrait s’asseoir. Cet abandon est expliqué, d’une par la
passion au commerce part et de l’autre par la situation sécuritaire.
V.2.2.
L’insécurité
L’insécurité se conçoit sous deux
formes ; physique et matériel. L’insécurité physique fait référence aux
infrastructures qui sont en état de délabrement très avancé. Pour évacuer les
produits manufacturés importés ou les produits de la fabrication locale,
l’économie à besoin des routes ou autres voies. Les
routes ne sont pas suffisantes et les quelques-unes qui soient sont en état
d’usage de manière intermittente.
De l’autre côté l’insécurité matérielle,
depuis la création de la ville, il n’y a jamais eu d’accalmie tout autour. En
voulant fuir les milieux en insécurité physique on se heurte à l’insécurité
matérielle. Les institutions doivent prendre leur part pour déjouer l’affaire.
V.2.3.
l’ignorance des opérateurs
économiques
La mentalité de la population de Butembo
est dominée par l’esprit du commerce. Tout le monde est commerçant. L’entrée
dans le secteur est libre, ce qui ne permet pas de bien contrôler le secteur.
Les opérateurs économiques ne sont pas tous informé de ce qui se passe et de ce
qui devrait se passé réellement. C’est pourquoi, les
services économiques en abusent. C’est une conséquence de l’irrégularité dans
les affaires commerciales de la ville.
L’ignorance est la résultante du non pris
en charge suffisante du capital humain. Dans certaines institutions, la main
d’œuvre est non qualifié et l’entrepreneur lui-même
l’est aussi. Par conséquent les surtaxes trouvent leur base arrière.
Sachant que les limites sont nombreuses,
nous les examinons en mettant en évidence aussi les atouts.
V.3.
Analyse SWOT du modèle de développement
Cette
analyse consiste à identifier les forces, les faiblesses les opportunités et
les menaces par rapport au modèle de développement.
|
Forces |
Faiblesses |
Solutions |
|
-
la concentration d’une population locale dynamique dans les activités commerciales
et agricoles -
Marché des biens et services importants et bien organisé -
le paternalisme qui caractérise les différents acteurs -
Présences de plusieurs corporations (ONG locale, association) pour
regrouper des acteurs socio-économiques -
le système de hiérarchisation des corporations -
Fertilité du sol -
la pluralité des magasins -
Dynamique associative -
la diversification dans les investissements : commerce, enseignement,
médicaux, loisirs et autres. -
existante de quelques infrastructures routières qui relient la ville de
Butembo aux autres villes
économiques et aux milieux ruraux environnants -
la population ne craint pas le risque -
savoir imiter les autres -la
culture du peuple yira caractérisé par une
bureaucratie -
la préséance dans la découverte de l’Asie et des pays de l’Afrique de l’est |
-
le chômage généralisé des finalistes -
la diminution de la qualité des formations au profit des effectifs -
Présence des écoles mal construites et pas équipées en infrastructures
appropriées -
les héritages mal gérés -
Insuffisance de collaboration entre le chef et la population -
Pas de transport en commun -
Manque d’électricité -
concentration de la population dans certains secteurs et leur absence totale
dans d’autres -
extraversion de l’économie -
individualisme des jeunes opérateurs -
la délinquance juvénile |
-
création d’entreprises publiques -
créer un environnement permettant l’entrepreneuriat -
une bonne prise en charge des enseignants -
bien préparer la succession -
la collaboration entre opérateurs économiques -
investir plus dans les entreprises de production -
une bonne formation de la jeunesse |
|
Opportunités |
Menaces |
Solutions |
|
-
Décentralisation -
Présence des services Étatiques -
fragilité des organes étatiques dans le contrôle -
le positionnement géographique prêt de la frontière -
Des établissements de l’ESU (UCG, UOR, ULPGL, ISEAB, ISP-T, ISAM, etc.) et de
l’EPSP. -
plusieurs éléments historiques ; le passage des grecs, l’unipartisme de la population, la rébellion des années
1990, etc. -
existence des minerais dans le sous-sol en certain endroit de la ville -
Hydrographie riche -
le développement technologique (internet) |
-
Insécurité en ville et dans les périphéries -
présence remarquable des déplacées des guerres -
tracasseries fiscales |
-
la stabilisation de la ville -
la pacification des zones environnantes de la ville -
donner des subventions -alléger
la fiscalité |
Source : Notre conception
Les affaires ne sont pas sur la bonne voie
suite à certaines situations évoquées ci haut. Le plus important des freins est
l’insécurité. Cette dernière a restreint la zone opératoire des acteurs de
Butembo
V.4.
Quelques recommandation pour amélioration du modèle
Le développement est présent en ville de
Butembo, mais son avenir est incertain. Le plus intéressant serait de le rendre
perpétuel et de porter des effets positifs sur les milieux environnants. Voici
les avis des opérateurs sur les façons de faire.
La population de Butembo veut avoir les
infrastructures routières améliorées. La raison est simple, les acheteurs des
produits fabriqués à Butembo ou bien importés par un opérateur de Butembo ont
besoins d’être transporter pour élargir le marché. Cela est possible que si les routes sont
bien entretenues. À côté de cela, il faut que le pouvoir public appui
les petites et moyennes entreprises. Sous la même optique, il devra aussi
soutenir les industries naissantes (commençant généralement petit). Il faut une
mise en place de beaucoup d’option comme assainir l’environnement fiscal, donner des subventions,
etc. toutes choses capables d’encourager les initiatives.
L’activité principale de Butembo, à par le
commerce, est l’agriculture. Cette dernière est sujette à beaucoup des
complications parmi lesquelles la conservation de la production. La périssabilité
des produits agricoles doit être surmontée par la création des usines
agroalimentaires ou des chambres froides pour conserver. La présence des sources énergétiques est
indispensable. C’est un préalable pour un développement économique cohérent et
soutenu.
La création des industries reste encore
discutable avec deux camps, selon les avis de nos enquêtés. D’un côté elle est
soutenu et de l’autre rejetée. Chaque côté a des raisons exposées dans les
lignes qui suivent :
Les premiers soutiennent que la promotion
des industries permettrait à la ville de sortir de l’extraversion qui
caractérise son activité. En plus la ville ou même le pays auraient des devises
importantes s’il y a exportation des biens en valeur ajoutée élevée.
L’industrialisation va permettre la résorption du chômage.
Qu’à cela ne tienne, il est évident que
l’industrie a beaucoup des préalables. Mais on ne peut pas baisser les bras car
on a peur d’avoir les matières premières. La ville a longtemps été fournisseur des
produits bruts. Et si en un moment donné on a besoin des matières premières, on
peut en demander aux autres comme on l’a été. Et à côté de cela il faut faire
le choix du secteur qui sera bénéfique d’abord à la population locale puis au
reste du monde. L’industrie a beaucoup d’externalités, en amont comme en aval.
En amont, il va motiver la production des matières premières. Et en aval crée
de l’emploi aux distributeurs des produits.
Concernant la crainte d’éliminer les
autres sur la liste, l’industrie ne peut pas être un frein à l’épanouissement
de la ville. Il est seulement question de bien choisir le secteur à
industrialiser.
Le frein le plus important est
l’insécurité physique et matérielle. En unanimité, tout le monde incrimine
cette dernière. Avant l’insécurité, Butembo avait déjà des débouchés jusqu’à
l’ancienne province du Katanga. Plusieurs personnes ont perdu leurs vies et
beaucoup des marchandises ont été brulées ; c’est la raison pour laquelle
le marché s’est rétrécit avec la peur de toutes ces horreurs. D’où l’expression
« l’argent n’aime pas le bruit » se vérifie.
Avant d’envisager n’importe quel autre
technique, la sécurité devra être la condition nécessaire pour que l’économie
ait des soubassements solides.
Conclusion générale
Ce travail est une contribution à
l’analyse du modèle de développement économique de la ville de Butembo.
Il
s’intéresse à la dynamique socioéconomique de la population locale et à
d’autres facteurs qui expliqueraient le développement de ladite ville. La
connaissance de ces
facteurs nous permet de fournir des outils nécessaires au renforcement de cette
dynamique de développement en ouvrant des perspectives d’une meilleure prise en
compte de différentes pratiques locales du développement.
Avec l’analyse du contenu, les résultats montent que le développement de la ville de Butembo
est essentiellement endogène. Ce sont les effets historiques qui introduisirent
des facteurs externes. Ce qui rend le modèle mixte. Cette mixité se réalise à
l’absence des pouvoirs central et urbain. Ce sont les acteurs internes, sous la
vision de l’individualisme-solidaire. Cette vision est porteuse du
développement, si l’environnement sécuritaire est stabilisé.
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[1] BRASSEUL, J., et LAVRARD-MEYER, C., Économie du développement. Les enjeux d’un développement à visage humain, 4è éd DUNOD, France, 2016, p 35
[2] MUSONGORA
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[3] MFOUATIE, J. et alii, Profil Économique de la Province du Nord-Kivu , disponible sur https://blog.ccfd-terresolidaire.org/grandslacs/public/Kivu_Nord
[4] MARYSSE, S. et ANDRE, C., guerre et pillages en république démocratique du Congo, l’Afrique des grands lacs, annuaire 2000-2001, pp307-332
[5] KAMBALE MIREMBE, O., Échanges transnationaux, réseaux informels et développement local :Une étude au Nord-Est de la République Démocratique du Congo, thèse de doctorat en sciences sociales, UCL, 2005
[6] THOMPSON KLEIN, J., une taxionomie de l’interdisciplinarité. Nouvelle perspective en sciences sociales : revue internationale de systémique complexe et d’études relationnelles, 2011, vol 7, No 1,pp 15-48
[7] MUSONGORA SYASAKA, E., Cours d’économie du développement, cours inédit, UCG, 2016-2017
[8] HAMMID, M., planification du développement : les procédures et les
institutions, tome I, éd. Enal-publisud, paris, 1988, p19
[9] Idem , P15
[10] MUSONGORA SYSAKA, E., op cit, p37
[11] GREFFE,
X., Le développement local, disponible sur http://documents.irevues.inist.fr/handle/2042/30944
[12] JEAN NZISAMBIRA, J., participation populaire au processus de développement du Rwanda : les idées et les faits, cidepet artel, Bruxelles, Belgique, 1992, p4
[13] HAMID. op cit, p20
[14] MARC RAFFINOT, M., Économie du développement, France, dunod,2015, p93
[15] MAFIKIRI TSONGO,A., Analyse du marché de développement dans les régions déshéritées de l’Afrique subsaharienne, 2006, p.18
[16] ELSENHANS HARTMUT, « La théorie de la croissance endogène modifie-t-elle radicalement la théorie du développement ? ». In: Tiers-Monde, tome 41, n°164, 2000. Disparités régionales et globalisation, organisations paysannes et marchés, ... pp. 729-748
[17] LAMARCHE, T., « Le territoire entre politique de développement et attractivité », Études decommunication , disponible sur http://journals.openedition.org/edc/122
[18] PALUKU KITAKYA, A., la structure de la dépendance entre classe patronale et classe ouvrière dans le commerce spécial à Butembo, analyse socio-économique, tfc inédit, UCG, 1993- 1994
[19] Rapports annuels de la mairie de Butembo
[20] KASAY LENGALENGA, KASAY LENGA LENGA, Dynamisme démo-géographique et mise en valeur de l’espace au Kivu septentrional, Zaïre, Thèse, Université de Lubumbashi, faculté des sciences, département de Géographie 1988
[21] Propos recueilli de l’ entretien avec un producteur de vin
[22] Tenancier d’une officine de médicament.
[23] EBISUA DUNIA, H., le rôle du paternalisme dans le développement économique de la ville de Butembo, mémoire inédit, UCG, 2016-2017
[24] Propos recueilli dans l’entretien avec le gérant des établissements JERRYSON. Il a confirmé que c’est sous la vision précitée que son employé compte quitter la forme de société unipersonnelle pour appeler les fonds des autres opérateurs et créer une véritable société.