https://doi.org/10.57988/crig-2019
Richard Kasereka
Kasivirehi[1], Reagan Muhindo Muhesi[2], Reagan Katembo Isse[3] et Sagesse Kasereka
Kapakazi[4]
Résumé
Le
présent travail analyse la problématique du prélèvement de la taxe sur le RAM.
Son intérêt porte principalement sur la conséquence politique du prélèvement de
cette taxe sur le pouvoir Exécutif en RD Congo. Généralement, une taxe est une
réponse à un besoin réel (d’où son caractère de contrepartie directe à celui
qui la paie). Spécifiquement, la taxe sur le RAM est d’autant plus controversée
que son soubassement juridique n’est pas facile à établir. Les personnes qui la
supportent se plaignent de la façon dont elle est perçue (à chaque recharge de
crédits). Il est clair que cette taxe devrait être perçue à l’importation et
supportée par les importateurs. Hélas, ce sont les acheteurs qui la subissent.
D’où ces derniers affirment que pour la suite de la gouvernance du Président
Félix, la confiance est abusée.
Mots
clés : Instauration, taxe, registre des appareils mobiles, pouvoir
Exécutif.
Abstract
This paper
analyses the problem of the levy of the tax on RAM. Its interest lies mainly in
the political consequences of the levying of this tax on Executive Power in the
DR Congo. Generally, a tax is a response to a real need (hence its character as
a direct counterpart to the person paying it). Specifically, the tax on the RAM
is all the more controversial because its legal basis is not easy to establish.
The people who pay it complain about the way it is collected (every time they
reload credits). It is clear that this tax should be levied at import and borne
by importers. Unfortunately, it is the purchasers who suffer from it. Hence,
the latter claim that for the rest of President Felix's governance, confidence
is abused.
Key words: Introduction, Tax, register of
mobile devices, Executive power.
Des institutions et des
systèmes de gestion des finances publiques sont indispensables pour mettre en
œuvre les politiques publiques nationales de développement et de réduction de
la pauvreté. Seule une bonne gestion des finances publiques est à même de faire
le lien entre les ressources disponibles, la prestation de services et la
réalisation des objectifs de l’action publique[5].
Alors que les besoins de
la société sont illimités face aux ressources minimes dont disposent les Gouvernements,
l’ensemble des ressources publiques doivent être utilisées le plus efficacement
possible pour parer à ce véritable paradoxe besoins illimités-ressources
limitées. L’efficacité de la gestion des finances publiques est essentielle
pour instaurer une confiance mutuelle et un consensus partagé entre Gouvernement
et sa population[6].
Cette efficacité s’évalue grâce à six dimensions de la gestion des finances
publiques mises au point par le Secrétariat du Public Expenditure and Financial Accountability[7]
sis auprès de la Banque mondiale. Il s’agit sommairement de la crédibilité du
budget ; l’exhaustivité et transparence ; la budgétisation fondée sur
les politiques nationales ; la prévisibilité et contrôle de l’exécution du
budget ; la comptabilité, enregistrement de l’information et rapports
financiers ; et la surveillance et vérification externes.
Les finances publiques
sont un facteur de puissance pour l’État. Joseph Schumpeter établit
d’ailleurs le lien entre besoins financiers et origine de l’État. À
ce propos, il écrit : « ce sont les besoins financiers qui ont été à
l’origine de l’État »[8].
Depuis l’antiquité, le pouvoir politique s’est toujours préoccupé de
l’organisation des finances. L’empire romain disposait d’un puissant système
fiscal, unifié et adapté à la diversité et à l’immensité de son territoire. De
même, Norbert Elias soutient que la création d’un État suit plus
précisément une loi, la loi du monopole. Sur ce, il écrit : « Après
la monopolisation des ressources de violence, c’est la création de l’État
de finance qui a rendu possible les monopoles militaire et judiciaire »[9].
Selon lui, la monopolisation de la collecte de l’impôt a accru les ressources
de l’État, ce qui lui a permis de triompher de ses concurrents[10].
Pour se développer et s’épanouir,
toute société humaine a besoin des institutions qui devraient gérer la chose
publique et bien organiser le pouvoir. La tâche qui incombe à l’État est
immense et exige des moyens importants tant matériels, humains que financiers. C’est
ainsi que le droit fiscal a été institué pour permettre à l’État de se
procurer les moyens par lesquels les collectivités publiques se procurent et
utilisent les ressources nécessaires à la couverture des dépenses publiques,
par la répartition entre les individus des charges qui en résultent[11].
Cependant, un juridisme
exacerbé de la fiscalité, qui se manifeste par une utilisation intensive des
techniques législatives et réglementaires et par la prolifération des textes de
toute nature, loin de marquer un progrès de l'État de droit et de
conforter fort le principe de légalité, affaiblit l'idée même de droit et
représente une menace permanente pour les différentes libertés individuelles[12].
La fiscalité n’est plus seulement une matière juridique, économique et sociale,
elle est devenue un enjeu politique majeur. Nos libertés sont encore menacées
par suite de l’accélération du processus d’intégration communautaire et des
abandons successifs de la souveraineté nationale[13].
Norbert Elias décrit l’État
comme un monopole double : le monopole de la violence et le monopole
fiscal[14].
La République Démocratique du Congo ne fait pas l’exception dans son
fonctionnement en tant qu’État. Elle cherche à maximiser ses recettes.
C’est dans ce sens qu’elle instaure des taxes, impôts et d’autres redevances
pouvant générer des recettes lui permettant de mettre en place des politiques
publiques.
Pour le cas d’espèce, le Gouvernement
congolais voudrait exploiter l’opportunité offerte par cet afflux
d’utilisateurs des nouvelles technologies de l’information et de la
communication. En 2009, ce Gouvernement leva l’option de définir une stratégie
pour maximiser les bénéfices de ce secteur. D’où le document de politique
sectorielle des télécommunications[15].
Du contexte susmentionné, découle une question autour de laquelle cette
recherche tourne. Dans quelle condition, l’instauration du RAM est une
opportunité financière, d’une part, et, d’autre part, une menace au pouvoir
exécutif en R.D. Congo ? Cette question a suscité la réponse provisoire
selon laquelle l’instauration de la taxe sur le registre des appareils mobiles
(RAM) serait beaucoup plus une menace politique au pouvoir Exécutif en RD Congo
qu’une opportunité financière.
Cet article s’assigne un
seul objectif ; il vise à savoir si l’instauration de la taxe sur le
registre des appareils mobiles (RAM) a des effets pervers et émergents sur le
pouvoir Exécutif en RD Congo. Pour aboutir aux résultats escomptés, nous avons
recouru à la méthode inductive. Celle-ci nous a permis de conclure à partir de
quelques individus interrogés pour généraliser les résultats sur la Cité de
Kasindi. À part cette méthode, l’approche exégétique a été d’usage dans
cette étude. Elle nous a servi dans l’exploitation de certains textes juridiques.
En ce qui concerne les techniques, il a été question de la technique
documentaire pour nous permettre de recenser les documents écrits relatifs à la
description des concepts principaux de la présente recherche. L’enquête par
questionnaire[16]
a permis la collecte des données.
Dans le temps, nos
enquêtes se sont déroulées entre le mois de juin et décembre 2021. Nous avons
procédé par un questionnaire fermé. Les enquêtes ont été réalisées auprès des habitants
de la Cité de Kasindi ayant un téléphone de la troisième ou quatrième génération
(3 ou 4G)[17].
Nous avons effectué des descentes dans 9 quartiers de Kasindi. N’ayant pas dès
l’avance les statistiques démographiques de la Cité de Kasindi pendant l’année
2021 rendues disponibles par le service de l’état civil, nous avons établi un
échantillon non représentatif qui a tenu seulement compte de la disponibilité
des sujets enquêtés. Ce fut l’échantillon occasionnel ou accidentel. Nous avons
recouru aussi à la technique d’échantillonnage par intervalle. Nous nous
placions à chaque fin du mois à six reprises dans des lieux publics où nous
rencontrions ces individus disposés à bien nous répondre. Voilà pourquoi la
taille de notre échantillon s’est traduite uniquement par la saturation des
réponses des enquêtés. Nous avons donc utilisé l’échantillon des volontaires ;
ce qui veut dire que nous rencontrions les individus à interroger par
disponibilité et selon leur volonté de répondre au sujet des préoccupations.
Cet article, hormis
l’introduction et la conclusion, comporte trois points. Le premier traite du
cadre conceptuel, de l’avènement et du cadre juridique de la taxe sur le RAM.
Le deuxième s’attèle sur les conséquences politiques de la taxe sur le RAM sur
le pouvoir Exécutif en RD Congo. Le troisième point interprète les résultats.
Avant de discuter de
l’avènement et aussi du cadre juridique de la taxe RAM, une compréhension
conceptuelle est nécessaire. Les concepts suivants intéressent cette étude :
registre des appareils mobiles, téléphone contrefait et service de l’Autorité
de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC).
Le registre des appareils
mobiles est établi en R.D. Congo dans l’optique d’améliorer le secteur des
télécommunications. Lancée depuis le 24 septembre 2020, cette base des données
intelligentes a pour objectif, outre le blocage des téléphones volés, le
retrait des réseaux de l’ensemble des téléphones issus de la contrefaçon,
protéger l’usager contre les effets toxiques des appareils non conformes aux
normes locales et internationales.
Cette pratique est inspirée du Plan National
du Numérique-Horizon 2025 de la RDC. Le RAM contient des bases des données de tous
les IMEI (International Mobil Equipment
Identity) connectés aux réseaux d’un
groupe d’opérateurs de la téléphonie mobile, appareils avec carte SIM (Subscriber Identity Module « module
portant l’identité de l’abonné »[18])
par leur numéro IMEI[19].
Chaque terminal de téléphonie mobile (GSM ou UMTS) a son propre numéro IMEI,
constitué d’une série de 15 à 17 chiffres. En clair, ce numéro est la carte
d’identité du téléphone. C’est grâce à lui que l’opérateur autorise ou non
l’accès d’un terminal à son réseau. Ce numéro peut permettre des appels
d’urgence sans carte SIM dans certains pays[20].
Un appareil (y compris un appareil téléphonique) sera
contrefait dans la mesure où il est une reproduction frauduleuse d’un appareil
d’une marque existante. Les appareils contrefaits sont donc illégaux[21]. Depuis
l’année 2018, quelques pays en Afrique ont décidé d’engager des actions
fortes pour bouter hors de leur marché les téléphones qui ne répondent pas aux
normes internationales. C’est l’exemple du Kenya qui, à travers son Agence
anti-contrefaçons (ACA), a adopté diverses mesures de contrôle plus strictes,
notamment l’octroi d’une autorisation d’importation aux seules entreprises
détentrices d’une licence, et le dépôt dans ses services de chaque échantillon
de téléphone importé pour des tests techniques. Le Kenya a été imité par le
Nigeria avec une Commission des communications du Nigeria, le Bureau du conseil
à la sécurité (ONSA), etc. ; le Ghana, à travers l’Autorité nationale des
communications (NCA) en créant un laboratoire de tests pour vérifier
l’authenticité des téléphones vendus sur le marché ; l’Ouganda avec la
Commission des communications d’Ouganda (UCC) tout en acquérant un dispositif
technique qui lui permettra d’identifier les téléphones contrefaits ou mieux de
seconde main[22].
Dans un contexte de
développement rapide de la connectivité à haut débit et des services numériques
qui suscitent une adoption effrénée du mobile sur le continent, il devient
urgent de veiller à la qualité des téléphones qui acquiert progressivement le
rôle de principale interface d’accès à de nombreux services. Une véritable mine
d’informations à haute valeur pour les cybercriminels est à constater ici[23].
L’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo a
été créée aux termes des dispositions de la loi n°014/2002 du 16 octobre 2002. C’est
un organe indépendant, doté de la personnalité morale de droit public et aussi de
la personnalité civile, jouissant de l’autonomie administrative et
financière. L’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications
du Congo n’est pas une entreprise ni une régie, elle est une autorité
administrative indépendante destinée à renforcer l’autorité de contrôle de
l’État dans le secteur de la poste et des télécommunications. L’ARPTC a
des compétences propres et des compétences qu’elle partage avec le Ministère
des PTNTIC.
Les missions de l’ARPTC consistent notamment à veiller au respect
des lois, des règlements et des conventions en matière des postes et des
télécommunications ; à assurer une concurrence effective et loyale au
profit des consommateurs ; à assurer la sécurité juridique et
règlementaire des investissements privés dans le secteur de la poste et des
télécommunications. L’ARPTC peut délivrer, suspendre ou retirer les
autorisations et établir les cahiers de charges y relatifs[24].
La taxe sur le registre des appareils mobile (RAM) est
entrée en vigueur le jeudi 24 septembre 2020. Le but poursuivi est de
lutter contre la contrefaçon des appareils mobiles et le vol des portables[25]. C’est le fond de l’Arrêté
ministériel n°CAB/MIN/PTNTIC/AKIM/KL/Kbs/002 du 10 juin 2020 portant mise en
place d’un système CEIR (Central Electronic
Identity Register) en République Démocratique
du Congo qui consacrerait cette taxe. Son article 4 est sans équivoque : « Pour
bénéficier de l’accès à un quelconque réseau de téléphonie mobile ouvert au
public opérant en République Démocratique du Congo, tout appareil mobile doit
être certifié authentique via son
enregistrement auprès du système CEIR permettant de l’identifier par un numéro
unique non modifiable d’identité internationale de cet appareil mobile, connu
sous l’acronyme « International Mobile
Equipment Identity », en abrégé code ou numéro « IMEI », qui
sert d’identifiant unique de cet appareil ».
Au septième article de renchérir que : « L’enregistrement
des appareils mobiles visé à l’article 4 du présent arrêté se réalise moyennant
le paiement d’un droit d’enregistrement IMEI, au montant variable en fonction
du type d’appareil mobile tels que fixés à l’article 1er, point 6 du
Décret n°012/15 du 20 février 2012 fixant les modalités des calculs et les taux
des revenus des prestations de l’ A.R.P.T. (Autorité de Régulation de la Poste et
des Télécommunications), tel que
modifié et complété par le Décret n°20/005 du 09 mars 2020. L’enregistrement
est valable pour une durée de douze mois renouvelable pour la même durée afin
d’assurer les mises en jour et la maintenance du système CEIR tout au long de
la vie des appareils mobiles ».
Cet article 1er du Décret n°012/15 du 20 février 2012 fixe les modalités de calcul et les taux des revenus, en application de l’article 21 de la Loi n°014/2002 du 16 octobre 2002 créant l’ARPTC dans ce tableau suivant:
Tableau no 1 : Les modalités de
calcul et les taux des revenus
|
Prestations |
Fait générateur |
Base de calcul |
Taux |
Débiteur |
|
1. Règlement/ arbitrage des litiges |
Demande d’arbitrage |
Manque à gagner évalué |
15 % |
Opérateur bénéficiaire |
|
2. Traitement des brouillages |
Plainte pour brouillage |
Forfait |
1 000$ |
Plaignant |
|
Manque à gagner évalué |
15% avec minimum 15 000$ |
Brouilleur |
||
|
3. Examen des catalogues et des contrats d’interconnexion |
Approbation des catalogues et des contrats d’interconnexion |
Par acte |
10 000$ |
Opérateurs concernés |
|
4. Gestion des activités d’interconnexion |
Terminaison d’appel voix interconnecté national |
Coût Hors-Taxe de la minute de l’appel voix interconnecté national |
15 % |
Opérateur du réseau émettant |
|
5. Gestion des services des réseaux de données |
Location de la bande passante internationale |
Coûts Hors-taxes de la bande passante internationale (Mbps) |
5 % |
Fournisseur d’accès à Internet (Tous) |
Cependant, le point 6 n’existe pas dans le Décret du
20 février 2012. Or, l’arrêté ministériel du 10 juin 2020 réfère le montant à
payer à cette Loi précisément en son article premier point 6. À ce
niveau, la taxe sur le Registre des Appareils Mobiles ne relève ni de la Loi n°014-2002
du 16 octobre 2002 ni du Décret n°012/15 du 20 février 2012, ce qui rend
difficile la qualification juridique de cette taxe ainsi que sa perception. Autant,
l’Arrêté ministériel du 10 juin 2020 portant mise en place de cette taxe n’indique
pas non plus les modalités de paiement d’enregistrement des appareils mobiles
précités.
En date du 14 septembre 2021, le Ministre de la
communication et médias a tenu un point de presse auquel il a convié la
Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes et
accises (DGDA), la Direction générale de recettes de Kinshasa (DGRK) et la
Direction générale des recettes administratives, domaniales et de participation
(DGRAD)[26]. Ce point de presse
s’est tenu dans le cadre d’une campagne de sensibilisation au civisme fiscal et
éclairer l’opinion publique sur les différents types de taxes et impôts.
Prenant la parole, la Directrice de la Direction
générale des recettes administratives, domaniales et de participation n’a
qualifié la taxe sur le RAM d’illégale. Elle a soutenu que : « La taxe comme l’impôt est légale. Ça
doit être prévu par une loi. C’est donc la légalité de la taxe. On ne peut
faire un prélèvement que pour les taxes qui sont encadrées par la Direction
générale des recettes administratives, domaniales et de participation et ces taxes-là sont d’abord prévues
par des textes sectoriels qui organisent toute l’activité de l’administration
chez nous. La loi sur les foncières, la loi sur les télécommunications, le code
minier ainsi de suite. On ne prend pas des taxes qui ne sont pas dans la loi.
Et pour nous, la DGRAD, toutes ces taxes-là sont budgétisées. Quand vous allez
dans les annexes du budget, vous allez trouver les articles budgétaires qui ont
été votés pour tous les prélèvements que nous effectuons. Donc, jusqu’à preuve
du contraire, il n’y a pas une loi qui donne à la DGRAD la possibilité de
collecter la taxe RAM. Si le législateur congolais décide de la légaliser, nous
allons la prendre en charge »[27].
Or, le Décret n°0058
du 27 décembre 1995 créant la DGRAD lui confère entre autres comme attributions
l’exercice, de manière exclusive, de toutes les missions et les prérogatives en
matière d’ordonnancement et de recouvrement des recettes non-fiscales de l’État[28].
Beaucoup soutiennent que la taxe sur le RAM ne
devrait pas être imposée aux utilisateurs. John Aluku, Expert en nouvelles
technologies de l’information et de la communication, affirme qu’ « en
RDC, ce sont les
importateurs et les distributeurs de téléphones qui devraient payer la taxe RAM
pour la certification ou l’homologation des appareils cellulaires avant leur
mise à la disposition des consommateurs »[29]. Dans
cette section, nous nous interrogeons sur les conséquences politiques de la
taxe RAM sur le pouvoir Exécutif en RD Congo à travers les différentes opinions
des enquêtés. Il s’agit de savoir
comment les habitants de Kasindi réagissent au prélèvement de la taxe sur le
RAM, leur attitude.
Tableau 2 :
Paiement de la taxe RAM
|
Tendances |
Effectif |
Pourcentage (%) |
|
Oui |
103 |
81,10 |
|
Non |
24 |
18,89 |
|
Total |
127 |
100 |
Source : Nos enquêtes de
juin-décembre 2021.
Il ressort de ce tableau 1 que sur 127 enquêtés, 103
soit 81,10 % ont affirmé qu’ils ont déjà payé la taxe RAM contre 24 soit 18,89 %
qui ont dit le contraire. Ce qui fait que ce sont beaucoup de citoyens
congolais qui ont acquiescé la voix du Ministre de la communication et
médias.
Tableau 3 :
Attitude par rapport au prélèvement
|
Réponses |
Effectif |
Pourcentage (%) |
|
J’ai eu un mécontentement |
107 |
84,25 |
|
J’ai été content |
0 |
0 |
|
Ça ne m’a pas touché |
8 |
6,29 |
|
Non réponse (abstention) |
12 |
9,44 |
|
Total |
127 |
100 |
Source : Nos enquêtes de
juin-décembre 2021.
De ce
tableau 2, nous lisons que sur 127 enquêtés, 107 soit 84,25 % ont eu une
attitude de mécontentement face au prélèvement de la taxe RAM ; alors que
8 soit 6,29 % ont soutenu n’être aucunement touchés. Par ailleurs, 12 enquêtés
soit 9,44 % ont préféré ne pas répondre à cette question pour une convenance
personnelle.
Tableau 4 :
Opportunité au Gouvernement d’augmenter ses recettes
|
Tendances |
Effectif |
Pourcentage (%) |
|
Oui |
34 |
26,77 |
|
Non |
92 |
72,44 |
|
Non réponse (abstention) |
1 |
0,78 |
|
Total |
127 |
100 |
Source : Nos enquêtes de
juin-décembre 2021.
Ce
tableau 3 montre que sur 127 enquêtés, 34 soit 26,77 % ont trouvé que la taxe
RAM est une opportunité pour le Gouvernement congolais d’accroître ses recettes ;
alors que 92 soit 72,44 % ont dit le contraire. Un enquêté soit 0,78 % a jugé
mieux s’abstenir pour cette question.
Tableau 5 : Raisons avancées pour avoir dit
oui
|
Réponses |
Effectif |
Pourcentage (%) |
|
Pour financer la gratuité de l’enseignement
de base |
15 |
11,81 |
|
Pour la connexion Wifi aux universités du
pays |
3 |
2,36 |
|
Autres raisons à préciser (Pays a besoin
d’argent mais le peuple congolais ne sait payer les impôts ; pour
augmenter les recettes de l’État ; pour atteindre les objectifs
qu’il s’est assigné et pour financer les projets de développement) |
4 |
3,14 |
|
Non réponse (abstention) |
12 |
9,44 |
|
Total |
34 |
26,77 |
Source : Nos enquêtes de
juin-décembre 2021.
De ce
tableau 4, il ressort que sur 127 enquêtés, 34 soit 26,77 % ont soutenu que la
taxe RAM est une opportunité pour le Gouvernement congolais d’augmenter ses
recettes pour diverses raisons ci-après : financer la gratuité de
l’enseignement de base (15 enquêtés soit 11,81 %) ; accorder le Wifi aux
universités du pays (3 enquêtés soit 2,36 %) ; autres raisons (Pays a
besoin d’argent, mais le peuple congolais ne sait payer les impôts ; pour
augmenter les recettes de l’État ; pour atteindre les objectifs
qu’il s’est assigné et pour financer les projets de développement) (4 enquêtés
soit 3,14 %). Par ailleurs, 12 enquêtés soit 9,44 % ont jugé mieux de se taire
par rapport à cette question sans pour autant donner des raisons.
Tableau 6 :
Raisons avancées pour avoir dit non
|
Réponses |
Effectif |
Pourcentage (%) |
|
Parce qu’elle (taxe) est illégale |
36 |
28,34 |
|
Parce que le social du congolais est déjà bas |
25 |
19,68 |
|
Parce que c’est une taxe de plus dont les
recettes n’entrent pas dans le trésor public |
19 |
14,96 |
|
Autres à préciser (aucune idée sur la raison
de prélèvement ; vol pur ; insuffisance de communication autour de
la taxe ; le gouvernement a plusieurs autres recettes ; trop de
taxes) |
10 |
7,87 |
|
Non réponse (abstention) |
2 |
1,57 |
|
Total |
92 |
72,44 |
Source : Nos enquêtes de
juin-décembre 2021.
Il
ressort du tableau 5 que sur 127 enquêtés, 92 soit 72,44 % ont affirmé que
cette taxe n’est pas une opportunité pour le Gouvernement congolais d’augmenter
ses recettes. Leurs raisons sont les suivantes : la taxe est illégale (36
enquêtés soit 28,34 %) ; le social du congolais est déjà bas (25 enquêtés
soit 19,68 %) ; la taxe est une taxe de plus dont les recettes n’entrent
pas dans le trésor public (19 enquêtés soit 14,96 %) ; autres
raisons : aucune idée sur la raison de prélèvement ; vol pur ;
insuffisance de communication autour de la taxe ; le Gouvernement a
plusieurs autres recettes ; trop de taxes (10 enquêtés soit 7,87 %).
Cependant, 2 enquêtés soit 1,57 % se sont abstenus de répondre sans avancer des
raisons.
Tableau 7 :
Conséquences politiques de la taxe sur le
Pouvoir exécutif en RD Congo
|
Réponses |
Effectif |
Pourcentage (%) |
|
Je ne voterai pas Tshisekedi aux prochaines
élections pour avoir accepté le prélèvement d’une taxe sans soubassement
juridique |
55 |
43,30 |
|
Je voterai pour Tshisekedi aux prochaines
élections pour avoir augmenté les recettes de l’État |
9 |
7,08 |
|
Abus de confiance de la part du peuple
congolais pour la suite de sa gouvernance |
60 |
47,24 |
|
Non réponse (abstention) |
3 |
2,36 |
|
Total |
127 |
100 |
Source : Nos enquêtes de
juin-décembre 2021.
Il
ressort du tableau 6 que sur 127 enquêtés, 55 soit 43,30 % ont soutenu qu’ils
ne voteront pas Tshisekedi aux prochaines élections pour avoir accepté le prélèvement
d’une taxe sans soubassement juridique contre 9 soit 7,08 % qui ont
affirmé, quant à eux, qu’ils voteront pour lui pour avoir augmenté les recettes
de l’État. Par ailleurs, 60 enquêtés soit 47,24 % ont relevé que la taxe
RAM a pour conséquence politique sur le pouvoir Exécutif en RD Congo, l’abus de
confiance de la part du peuple congolais pour la suite de sa gouvernance ;
3 enquêtés soit 2,36 % se sont abstenus.
Dans la section précédente, nous venions d’analyser
et de décrire les résultats précis issus des enquêtes. Nous avons fait allusion
exactement à 6 tableaux qui correspondent à 6 questions de notre questionnaire.
En ce qui concerne le paiement de la taxe RAM, la plupart des répondants ont
confirmé avoir été prélevés (81,10 %). Par rapport à l’attitude face à ce
prélèvement, beaucoup ont été mécontents (84,25 %). A la question de savoir si
la taxe RAM est une opportunité pour le Gouvernement congolais d’augmenter ses
recettes, la majorité a dit non (72,44 %). Pour quelles raisons ? Les
répondants avancent des raisons diverses. Ils ont donné : la taxe est
illégale ; le social du congolais est déjà bas ; la taxe est une taxe
de plus dont les recettes n’entrent pas dans le trésor public. Enfin, la
conséquence politique la plus citée est l’abus de confiance de la part du
peuple congolais pour la suite de sa gouvernance (47,24 %). Voilà la synthèse
précise des réponses de nos sujets enquêtés.
Cette étude est fruit d’une enquête effectuée dans la Cité de Kasindi. L’attention était focalisée grandement sur « L’instauration de la taxe sur le registre des appareils mobiles en RDC : Opportunité financière ou menace politique au Pouvoir exécutif congolais ? ».
La présente étude est partie de la question suivante : L’instauration de la taxe sur le registre des appareils mobiles (RAM) est-elle une opportunité financière ou une menace politique au régime du Président Félix ? Notre hypothèse a postulé que l’instauration de la taxe sur le registre des appareils mobiles (RAM) serait beaucoup plus une menace politique au régime de Félix qu’une opportunité financière. Pour vérifier cette hypothèse, nous avons recouru à la méthode inductive. À part cette méthode, l’approche exégétique a été d’usage dans cette étude. En ce qui concerne la technique, nous avons élaboré un questionnaire d’enquête à questions fermées. Cette technique a été secondée par la traditionnelle technique documentaire.
Eu égard à ce qui précède, notre hypothèse a été confirmée. En plus d’être une taxe que beaucoup ne cautionnent pas eu égard à son manque de soubassement juridique et ne figurant pas dans aucune ligne budgétaire (2021, d’abord, ensuite 2022) parmi les recettes parafiscales, la taxe sur le RAM est perçue comme un prélèvement qui devrait être supporté par l’importateur et non l’acheteur du téléphone mobile. La raison préalable d’enregistrer un appareil mobile est de lutter contre l’entrée, en République Démocratique Congo, des téléphones contrefaits. Ce serait une activité qui se déroulerait lors du dédouanement des marchandises (téléphones mobiles). D’où ce prélèvement provoque un abus de confiance de la part du peuple congolais pour la suite de la gouvernance du Président Félix Tshisekedi à la tête du pouvoir Exécutif du pays.
ALUKU, J., Je conseille au gouvernement de supprimer
la taxe RAM, disponible en ligne sur https://www.radiookapi.net, consulté le 13 novembre 2021 à
13h35.
Arrêté
ministériel n°CAB/MIN/PT &NTIC/AKIM/KL/Kbs/002/2020 du 10 juin 2020 portant
mise en place d’un système CEIR en République Démocratique du Congo, col. 23.
In Journal officiel, numéro spécial,
17 décembre 2020.
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le RAM en RDC, disponible en ligne sur https://cas-info.ca>2021/05>ram, consulté le 19 octobre
2021 à 17h27.
Questionnaire
d’enquête
Nous sommes chercheur attaché à l’Université Catholique du
Graben au Nord-Kivu en République Démocratique du Congo. Nous vous soumettons
ce questionnaire dans le cadre d’une recherche sur les conséquences politiques
du RAM sur le pouvoir Exécutif en RD Congo.
Questions proprement
dites
1.
Avez-vous
déjà payé la taxe RAM ?
a.
Oui
b.
Non
2.
Quelle
a été votre attitude par rapport à ce prélèvement ?
a.
J’ai
eu un mécontentement
b.
J’ai
été content
c.
Ça
ne m’a pas touché
3.
Cette
taxe n’est-elle pas une opportunité pour le Gouvernement d’augmenter ses
recettes ?
a.
Oui
b.
Non
4.
Si
oui, pourquoi ?
a.
Pour
financer la gratuité de l’enseignement de base
b.
Pour
la connexion Wifi aux universités du pays
c.
Autres
raisons………………………………………………………………
5.
Si
non, pourquoi ?
a.
Parce
qu’elle est illégale
b.
Parce
que le social du Congolais est déjà bas
c.
Parce
que c’est une taxe de plus dont les recettes n’entrent pas dans le trésor
public
d.
Autres
raisons……………………………………………………………
6.
Quelles
conséquences politiques cette taxe peut-elle avoir sur le régime du Président
Félix Tshisekedi ?
a.
Je
ne voterai pas Tshisekedi aux prochaines
élections pour avoir accepté le prélèvement d’une taxe sans soubassement
juridique
b.
Je
voterai pour Tshisekedi aux prochaines élections pour avoir augmenté les
recettes de l’État
c.
Abus
de confiance de la part du peuple congolais pour la suite de sa gouvernance
[1] Assistant en la Faculté des Sciences Sociales,
Politiques et Administratives de l’Université Catholique du Graben
(Nord-Kivu/RDC) : richardksvrh@gmail.com
[2] Assistant en la Faculté des Sciences Sociales, Politiques
et Administratives de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[3]Assistant à l’Institut Supérieur des Techniques de
Développement à Kasindi (Nord-Kivu/RDC).
[4] Assistant en la Faculté des Sciences
Économiques et de Gestion de l’Université Catholique du Graben
(Nord-Kivu/RDC).
[5] PEFA, Cadre
d’évaluation de la gestion des finances publiques, Washington, février
2016, p. iv.
[6] GLOBAL AFFAIRES CANADA, Gestion des finances, disponible en ligne sur https://www.inernational.gc.ca, consulté le 19 octobre 2021 à 15h32.
[7] PEFA, Cadre de
mesure de la performance de la gestion des finances publiques, Washington
DC, Banque mondiale, 2005, cité par S. LEIDERER et P. WOLFF, « Gestion des
finances publiques : une contribution à la bonne gouvernance
financière », in Annuaire suisse de
politique de développement, Vol. 26, no 2, 2007, p. 181.
[8] J. SCHUMPETER, Les
finances publiques : Quel rapport entre les finances et la construction de
l’État ?, disponible sur ce site suivant : https://www.vie-publique.fr/fiches/21808-pourquoi-est-il-necessaire-dorganiser-les-finances-publiques, consulté le 19 octobre 2021 à 14h16.
[9] N. ELIAS, La
dynamique de l’Occident, Pocket, Paris, 2003, 320 p., La genèse de
l’État selon Norbert Elias par R. TREFFEL, disponible en ligne sur https://1000idcg.com, consulté le 24 octobre 2022 à 15h30.
[10] N. ELIAS, Op. Cit., 320 p.
[11] M. DUVERGER, Finances
publiques, Paris, 8ème édition, PUF, 1956, p. 106.
[12] Université de Toliara (Madagascar), Cours de droit fiscal, p. 2, disponible
en ligne sur http://www.univ-toliara.mg>droit>dt-fiscal-td, consulté le 19 octobre 2021 à 16h07.
[13] Université de Toliara (Madagascar), Op. Cit., p. 2
[14] N. ELIAS, La
dynamique de l’Occident, cité par P. VERJANS, Séminaire de l’analyse des politiques publiques, SSPA (troisième
cycle), UCG/Butembo, 2021.
[15] Plan National du numérique-Horizon 2025, disponible en
ligne disponible sur https://www.numerique.cd, consulté le 19 octobre 2021 à 16h34.
[16] L. V. COMPENHOUDT, et cie, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, 5è
édition, Dunod, 2017, p. 237.
[17] Depuis l’avènement du téléphone portable, 4
générations de réseaux mobiles se sont succédé : 1G, 2G, 3G, 4G. Dans le
coin supérieur du téléphone, ces sigles indiquent le type de réseau mobile
auquel on a accès. D’eux dépendent, notamment la qualité des communications
téléphoniques ; le débit et la performance de la connexion Internet
mobile. Cela impacte sur la consommation des forfaits selon l’opérateur choisi.
Réseaux mobiles 1G, 2G, 3G, 4G et
5G : l’essentiel à savoir. URL : https://routeur-5g.fr, consulté le 25 octobre 2022 à 17h10.
[18] XXX, SIM–Définitions,
synonymes, conjugaison, exemples, disponible sur ce site suivant : https://dictionnaire.lerobert.com, consulté le 25 octobre 2022 à 18h00.
[19] XXX, Télécommunication :
tout savoir sur le RAM en RDC, disponible sur https://cas-info.ca>2021/05>ram, consulté le 19 octobre 2021 à 17h27.
[20] M. GROSJEAN, Comment
trouver son numéro IMEI et à quoi sert-il ?, https://www.frandroid.com, consulté le 19 octobre 2021 à 17h42.
[21] XXX, Qu’est-ce
qu’un appareil blacklisté, greylisté, débridé, contrefait ou non
européen ?, disponible en ligne sur https://help.backmarket.com, consulté le 19 octobre 2021 à 18h06.
[22] M. EDJO,
Téléphones contrefaits en Afrique : une menace pour la santé, la sécurité,
la qualité de services et les finances publiques, https://www.agenceecofin.com, consulté le 27 octobre 2022 à 12h17.
[23] Idem,
consulté le 19 octobre 2021 à 17h55.
[24] Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications
du Congo (A.R.P.T.C), https://www.presidence.cd, consulté le 20 octobre 2021 à 07h55.
[25] T. KALONJI, L’instauration
du RAM : quel impact sur la sécurité des abonnés télécom en RDC ?,
disponible en ligne sur https://tresorkalonji.pro, consulté le 20 octobre 2021 à 08h24.
[26] KOMBO, Briefing
sur la campagne de sensibilisation au civisme fiscal, 14 septembre 2021,
disponible en ligne sur https://acpcongo.com, consulté le 27 octobre 2021 à 14h25.
[27] XXX, Illégalité
de la taxe RAM : la DGRAD cloue l’ARTPC, disponible en ligne sur https://www.eventsrdc.com, consulté le 13 novembre 2021 à 12h57.
[28] Article 3 du Décret n°0058 du 27 décembre 1995 portant
création, organisation et fonctionnement de la Direction générale des recettes
administratives, judiciaires, domaniales et de participations.
[29] J. ALUKU, Je
conseille au gouvernement de supprimer la taxe RAM, disponible en ligne sur
https://www.radiookapi.net, consulté le 13 novembre 2021 à 13h35.