https://doi.org/10.57988/crig-2335
Mbusa
Siviholya Kito[1]
Le Galinsoga ciliata [Blake] est
une mauvaise herbe commune dans les champs au Nord-Kivu mais il est utilisé par
les petits éleveurs dans l’alimentation des lapins. Pour vérifier ses
potentialités fourragères, des essais sur la digestibilité et sur les indices
de croissance chez le lapin ont été conduites en Ville de Butembo. Un criterium
a été élaboré en vue de cette vérification. Il s’agit de l’ingestibilité,
de la digestibilité et enfin de la composition nutritionnelle pour permettre
une croissance animale optimale du lapin.
Élaboré
sous forme d’hypothèses, ce criterium a été respecté pour l’appétibilité en ce
sens que le lapin peut ingérer 97,257±21,783 grammes en fonction de
l’incorporation du maïs ou du soja dans des rations à base de Galinsoga ciliata sous forme
de granulés. Le Galinsoga ciliata a les potentialités d’être un aliment de
base de qualité pourvu qu’il soit enrichi en énergie sous forme de farine de
maïs grain (jusqu’à plus de 30 % dans la formulation) et d’huile (jusque 5 %
dans l’aliment) mais il n’y a pas besoin de l’enrichir en protéines pour
assurer une bonne croissance, une composition normale de la viande et une bonne
santé.
Mots clés : Galinsoga, lapin,
digestibilité, croissance
Abstract
The hairy soldier Galinsoga ciliata [Blake] is a common weed in North Kivu
farms. However, it is resorted to by small breeders for rabbit feeding. In a
bid to assess its fodder capacities, animal experimental tests were conducted
in Butembo town. A criterium was developed for this end including the
palatability of the herb by the rabbits, the digestibility, and the nutritional
composition to allow optimal growth to the rabbit.
Developed in the form of hypotheses, this criterium was respected for the
palatability bearing in mind the finding of 97.257±21.783 grams ingested by the
rabbit per day, depending on the level of addition of maize or soya to pelleted
fodders based on Galinsoga ciliata. These
fodders bear high quality potentials if they are enriched with maize grain
flour (up to more than 30% in the formulation) and fat (up to 5%) but do not
need to be enriched in proteins so far to ascertain good growth, normal meat
composition, and good health.
Keywords: Galinsoga, rabbit, digestibility, growth
La
Ville de Butembo avec ses 1 million d’habitants est une entité urbano-rurale où les habitants pratiquent l’agriculture et
l’élevage dans les zones périphériques de la ville. Dans ce contexte,
l’alimentation des animaux d’élevage dépend pour les petits ruminants des
graminées qui poussent dans les espaces non exploitées tandis que les lapins et
les cobayes sont nourris des herbes diverses ramassées dans les champs
particulièrement des astéracées comme le Galinsoga
ciliata et dans une moindre mesure des restes des
cultures agricoles.
L’agriculture
périurbaine rend difficile l’accès aux fourrages occasionnels récoltés des
champs des cultures vivrières dans la ville. Ceci est en fait illustré par un
commerce croissant des fourrages en pleine ville dont la composition
floristique est essentiellement constituée des mauvaises herbes poussant dans
les champs. C’est la raison derrière l’étude de la valeur alimentaire de ces
ressources fourragères avant d’entrevoir leurs cultures formelles. Dans ce
contexte, une étude sur la digestibilité des rations animales basées sur le Galinsoga ciliata a
été menée en ville de Butembo du 27 mars au 6 avril 2022.
2.1. Préparation des rations
Trois
régimes à base de Galinsoga ciliata ont été constitués à partir de trois
ingrédients dont la farine de Galinsoga ciliata, la farine de maïs cuit et la farine de soja
cuit.
Les
parties aériennes des plants de Galinsoga
fleuris et achetés au marché local des fourrages ont été hachées dans un
hachoir motorisé avant d’être séchées dans un séchoir à vent et chauffage
solaire à travers une tôle métallique. Les grumeaux de Galinsoga
séchés ont été moulus.
Cependant
les grains de maïs de même que les graines de soja ont été cuits à la vapeur
pendant 45 minutes à plus ou moins 120 degrés Celsius à une pression
envoisinant 1,5 bars. La dépression créée par l’ouverture des vannes a permis
l’échappement des vapeurs et le séchage partiel des grains de maïs et des
graines soja qui ont été étalés à l’air libre au soleil pour permettre un
séchage plus avancé à 13 % d’humidité puis moulus.
2.2. Fabrication des pellets
À
partir des farines de Galinsoga ciliata, de
farine des grains de maïs et des farines des graines de soja, trois types de
pellets ont été fabriqués en recourant à une pelleteuse :
-
Des pellets composés de 96 % de farine de Galinsoga ciliata, 3 % d’huile de
palme et 1 % de sel de cuisine (Régime/ration 1) ;
-
Des pellets composés de 66 % de farine de Galinsoga ciliata, 3 % d’huile de
palme, 30 % de farine de maïs et 1 % de sel de cuisine (Régime/ration 2) ;
-
Des pellets composés de 66 % de farine de Galinsoga ciliata,
3 % d’huile de palme, 15 % de farine de maïs, 15 % de farine de soja et 1 % de
sel de cuisine (ration 3).
Le
sel a été incorporé dans l’objectif d’améliorer l’ingestion suivant les
suggestions de Schiere
et Corstiaensen
(2008) mais sa quantité a été maintenue à moins de 1% de la ration conformément
aux recommandations de Lebas et
al. (1996) qui stipulent que plus de 1 % de sodium dans l’eau a un impact
sur les performances de croissance chez le lapin. La quantité de chlorure de
sodium ainsi incorporée dans les rations était inférieure aux limites prônées
par ces auteurs. D’ailleurs les mêmes auteurs estiment que la salinité de
l’aliment n’a des effets qu’en termes d’augmentation de la consommation en eau.
La
part de maïs par rapport au Galinsoga s’est
faite sur base des constats révélés par Lebas
et al. (1996) d’après lesquels si on donne en libre choix du maïs et de
la luzerne au lapin, il consomme de lui-même 35 % de maïs contre 65 % de
luzerne.
2.3. Composition chimique des rations
Les
analyses des rations ont porté sur les teneurs des rations en matières sèches,
en protéines brutes, en amidon, en cellulose, et en cendres telles que reprises
dans le tableau ci-dessous.
Tableau
1. Composition des rations à base de Galinsoga
ciliata
|
Ingrédients |
Teneur en matières sèches (MS) |
Teneur de la MS en matières azotées |
Teneur de la MS en amidon |
Teneur de la MS en huile |
Teneur de la MS en cellulose |
Teneur de la MS en cendres |
Teneur de la MS en matières organiques |
|
|
Ration 1 |
Farine de Galinsoga
ciliata (96 %) ; Huile (3 %) ; Sel
de cuisine (1 %) |
85,239 |
23,222 |
0,000 |
3,923 |
19,987 |
16,686 |
83,314 |
|
Ration 2 |
Farine de Galinsoga
ciliata (66 %) ; Huile (3 %) ;
maïs (30 %) ; Sel de cuisine (1 %) |
73,783 |
22,749 |
19,500 |
5,338 |
17,321 |
12,797 |
87,203 |
|
Ration 3 |
Farine de Galinsoga
ciliata (66 %) ; Huile (3 %) ;
Farine de maïs (15 %) ; Farine de soja (15 %) ; Sel de cuisine (1
%) |
73,915 |
32,916 |
11,625 |
9,487 |
17,704 |
13,952 |
86,048 |
2.4. Évaluation de la digestibilité des
rations
La
digestibilité des rations a été estimée en recourant à 12 lapins tous mâles
d’un poids variant entre 1900 et 2000 grammes.
Par
ration, 4 lapins ont été affectés. Les lapins ont été placés individuellement
dans 12 cages de digestibilité où la séparation des urines et des crottes était
possible grâce à un dispositif en dessous des cages sans que cela affecte le
bien-être animal. L’eau de boisson était placée dans un récipient en aluminium
et remplacée journellement tandis que la ration était déposée dans une
mangeoire en tôle galvanisée.
L’étude
de digestibilité a été précédée d’une période d’habituation de 4 jours pendant
lesquelles la ration était distribuée tandis que les urines et les crottes
n’étaient pas récoltées. Les quantités d’aliments distribuées par animal ont
été pesées journellement pendant 10 jours (jour 1 jusque jour 10) tandis que
les urines de même que les crottes récoltées ont été cumulées pendant 10 jours
(jour 2 jusque jour 11) en conformité avec la méthode européenne d’évaluation
de la digestibilité chez les lapins qui requiert un minimum de 8 jours
d’observation (Perez et al.,
1995). Les urines et les crottes de chacun des lapins ont été conservées
séparément dans un congélateur.
2.5. Estimation des indices de croissance
Les
observations sur la croissance ont porté sur 48 lapins nourris aux rations R1,
R2 et R3 en raison de 16 par ration pour une durée de 30 jours.
2.6. Estimation de la morbidité et du profil
microbiologique du contenu cæcal
Pendant
les expérimentations sur la croissance, le taux de morbidité a été évalué pour
chacune des rations. Les lapins malades et les morts n’ont pas été
comptabilisés pour le calcul de différents indices de croissance mais leur
contenu cæcal a été étudié globalement au laboratoire.
La
composition des rations est reprise au tableau 1. Les lapins ont été nourris
pendant 50 jours pour estimer la variation du profil selon les rations et
particulièrement les raisons éventuelles de mortalité caractéristique des
rations.
Les
lapins ont été éventrés et les contenus cæcaux ont été récoltés dans la
partie médiane du cæcum. Les prélèvements et la culture des contenus
cæcaux ont concerné aussi bien des lapins vivants que des lapins morts
tous nourris des rations susmentionnées.
Une
culture du contenu cæcal a été menée pour déterminer la densité des
bactéries Gram + et Gram – d’une part et la prédominance microbiologique dans
les différents contenus caecaux selon les rations.
2.7. Qualité de la viande en fonction des rations
Pour
évaluer l’effet de l’alimentation sur la qualité de la viande des lapins en
plus de la croissance, des mâles ont été nourris à base de trois rations (R1,
R2 et R3) telles que ci-haut décrites pendant 50 jours. A l’issue de ces 50
jours, les animaux ont été égorgés. Après dépilations, les jambes droites des
lapins ont été analysées pour évaluer la composition des de la viande muscles
en eau, la teneur de la matière sèche en huile, en protéines et en cendres
tandis que l’os de la même jambe était analysé pour son contenu en eau et sa
matière sèche pour sa teneur en cendres.
À
l’issue de ces expérimentations telles que décrites ci-dessus, le bilan de
digestibilité des rations est présentée comme dans le tableau 2.
Les
résultats de l’expérimentation montrent une digestibilité globale de la matière
sèche dans toutes les rations de 69,468±6,389 %. Néanmoins, elle est la plus
élevée pour la ration R2 (73,918±1,907 %) suivie de la ration R1 (69,419±2,089)
et enfin de la ration R3 (65,067±9,457 %).
L’amidon
des rations R2 et R3 a été totalement digéré alors que la ration R1 n’en
contenait pas. Les matières azotées ont été suffisamment digérées pour toutes
les rations (78,670±13,253 %). Ces matières azotées ont été presque totalement
digérées dans la ration R1 (94,140±2,890 %) alors qu’elles le sont
significativement moins pour R2 (76,174±3,166 %) et moins encore pour la ration
R3 (65,694±8,588 %).
La
digestibilité des matières grasses est globalement de 65,437±22,581%. Elle est
globalement similaire pour l’ensemble des rations. Elle est similaire pour les
rations R1 (65,191±11,975 %), R2 (64,352±17,243 %) et R3 (66,769±37,749 %) même
si la variabilité est assez plus grande pour R3 (coefficient de variation
56,537 %) contrairement aux deux autres rations R2 (26,795 %) et surtout R1
(18,370%).
Quant
aux fibres, la cellulose a été fermentée globalement en 66,219±6,963 %. La
ration R3 a eu une fermentation microbienne de la cellulose la plus faible
(59,113±6,744 %) et significativement différente de la ration R1 (68,253±3,406
%) et de R2 (71,292±3,677 %).
La
métabolisation de la matière sèche a été globalement de 65,272±7,135 %. Elle a
été maximale pour la ration R2 (70,162±3,023 %) qui a démontré une différence
significative avec les rations R1 (65,129±4,167 %) et plus significative avec
la ration R3 (60,524±9,908 %). La métabolisation de la ration R3 montre une
variation plus élevée par rapport aux deux autres rations.
Quant
à la métabolisation de l’azote, elle est globalement faible (38,213±19,024 %).
Elle est très significativement élevée pour la ration R1 (57,740±16,783 %)
comparativement à la ration R2 (36,745±8,386 %) qui est significativement
meilleure par rapport à la ration R3 (20,154±5,378%).
La
digestibilité de la matière sèche a été globalement de 69,468±6,389%. Murdoch et Owen (2004) ont mentionné une digestibilité de la matière
sèche de Galinsoga parviflora
qui dépasse 65 % chez les bovins. Elle est largement supérieure à celle reprise
par Djago
et Kpodekon
(2007) qui estiment que les matières sèches des crottes des lapins représentent
autour de 45 à 50 % pour les rations herbacées sans préciser la qualité des
rations.
La
digestibilité de ces rations à base de Galinsoga
est proche des valeurs de digestibilité de la matière sèche de la carotte (78
%) et de la luzerne fraîche (72 %) et 61 % pour les foins chez les lapins de 6
semaines tel que cela a été rapporté par Goby
et al. (2017). Pour une ration composée de légumineuses et des graminées
distribuées au choix et à volonté, Aboh et al. (2002) ont observé chez le lapin
des valeurs de digestibilité de la matière sèche variant entre 54 et 70 %.
Ces
valeurs rappellent aussi la tranche de digestibilité de la matière sèche de 60
à 76 % comme cela a été constaté depuis 1985 chez les bovins et les ovins par Chenost et Martin-Rosset
pour différents fourrages européens.
La
digestibilité de la matière sèche a été améliorée par l’ajout de 30 % de maïs
au Galinsoga. Néanmoins, la substitution de 50
% de maïs par la farine de soja a diminué la digestibilité de la matière sèche.
Il en est de même pour la métabolisation de la matière sèche qui, une fois
améliorée par l’ajout du maïs dans la ration, elle a été diminuée par la
substitution du maïs en 50 %.
L’amidon
contenu dans les rations R2 et R3 a été totalement digéré. Ceci conforte les
données de Gidenne
(1996) selon lesquelles la digestibilité fécale de l’amidon se situe
généralement entre 95 et 100 %.
La
digestibilité de l’azote a été meilleure pour la ration R1 à base de Galinsoga et intermédiaire pour la ration contenant
du maïs tandis que l’ajout du soja a eu pour effet de diminuer la digestion des
matières azotées. Il en est de même pour le bilan de métabolisation des
matières azotées qui s’est avéré meilleur pour la ration R1 comparativement à
la ration R2 et surtout à la ration R3 qui a eu le bilan de métabolisation des
matières azotées le plus faible.
La
matière grasse a quant à elle été digérée de la même façon pour les 3 rations
malgré une variabilité plus grande chez les animaux nourris à la ration R3
contenant du soja.
Quant
à la fermentation de la cellulose, elle s’améliore par l’ajout du maïs mais se
détériore par la substitution d’une partie du maïs par le soja.
Globalement,
il y a lieu de constater que l’ajout du maïs améliore la digestion de la
matière sèche et son bilan de métabolisation de même que la fermentation de la
cellulose. L’ajout de maïs n’améliore pas la digestion ni la métabolisation des
matières azotées et n’affecte que très légèrement la digestibilité de la
matière grasse.
Les
explications multiples peuvent être données quant à ce dont notamment
l’amélioration de la disponibilité énergétique aux microorganismes du
cæcum pour une fermentation améliorée des fibres lors de l’ajout du maïs
dans la ration. En même temps, l’excès de protéines amenées par le soja
pourrait être responsable d’une diminution de l’absorption de l’azote lorsque
les besoins sont largement couverts.
Des
données similaires ont été reprises par Lebas
et al. en 1996 qui stipulent que le coefficient d’utilisation des fibres
peut être très élevé et aller même jusque 65 % quand les matières premières
intégrées dans la formulation des rations ne sont que très peu lignifiées. Gidenne (1996)
a révélé que la diminution de la proportion des fibres dans l’aliment se
traduit par leur faible digestibilité fécale mais note tout de même que la
qualité des fibres est le facteur prépondérant sur leur digestibilité.
Tableau
2. Estimation de la digestibilité et de métabolisation des rations à base de Galinsoga cilitata
|
Rations |
Pourcentages de matières sèches digérées |
Bilan de métabolisation des matières sèches ingérées |
Bilan de digestibilité de l’amidon |
Bilan de digestion des matières azotées |
Bilan de métabolisation des matières azotées ingérées |
Bilan de digestibilité de la matière grasse |
Bilan de fermentation de la cellulose |
|
R1 |
69,419±2,089 |
65,129±4,167 |
- |
94,140±2,890 |
57,740±16,783 |
65,191±11,975 |
68,253±3,406 |
|
R2 |
73,918±1,907 |
70,162±3,023 |
100 |
76,174±3,166 |
36,745±8,386 |
64,352±17,243 |
71,292±3,677 |
|
R3 |
65.067±9,457 |
60,524±9,908 |
100 |
65,694±8,588 |
20,154±5,378 |
66,769±37,749 |
59,113±6,744 |
|
Rapports globaux |
69,468±6,389 |
65.272±7,135 |
100 |
78,670±13,253 |
38,213±19,024 |
65,437±22,581 |
66,219±6,963 |
L’ingestion
journalière moyenne par ration a été de 97,257±21,783
grammes. Mais cette moyenne cache des disparités surtout pour la ration R2 dont
la quantité moyenne consommée (83,378±24,888 grammes)
est significativement inférieure que les moyennes respectives des rations R1
(92,113±9,703
grammes) et R3 (106,187±13,613
grammes). La différence se maintient en termes de matières sèches et est
significative entre la consommation de la ration R1 et la ration R3 d’une part
et significative entre la ration R2 et la ration R3 d’autre part. La
consommation de la ration R1 en matières sèches est très significativement
différente de
la ration R2.
Cette
tendance se maintient même quand la consommation d’aliments est rapportée au
poids moyen de l’animal. En termes de grammes de matières sèches par kg de
poids moyen, la consommation d’aliment est de 52,019±10,976 g de matières
sèches par kg de poids vif pour la ration R1, de 33,888±11,744 g/kg pour R2 et
de 46,453±9,614 g pour R3. Sous cette expression, la différence n’est pas
significative entre R1 et R3 en termes de consommation mais elle l’est entre R1
et R2 d’une part et entre R2 et R3 d’autre part.
On
observe une préférence alimentaire pour la ration R1 suivie de la ration R3 et
enfin de la ration R2. D’une part, la densité
énergétique des rations (en termes d’huile et d’amidon) semble influencer
négativement la consommation. En effet la ration R1 a une densité d’énergie
digestible (amidon + lipides) de 23 kilocalories pour 100 g de matières sèches
tandis que les rations R2 et R3 en ont respectivement 109 et 103 kilocalories. La
différence énergétique étant négligeable entre R2 et R3 quant à l’écart de
consommation, cette divergence d’ingestion pourrait être due à la quantité
d’amidon qui a un feed-back négatif sur la consommation étant donné qu’en
termes strictement d’apport énergétique, les rations R2 et R3 ont la même
densité énergétique.
En
appliquant ce même raisonnement aux fibres alimentaires, il y a
lieu de constater que la teneur en cellulose fermentescible de la ration ne
semble pas avoir d’influence sur son ingestion dans les présentes conditions
expérimentales. En effet, la ration R1 qui contient 19,987 % de cellulose
présente la même ingestibilité que la ration R3 qui
en contient 17,704 % alors que la ration qui R2 qui contient pratiquement la
même teneur en cellulose (17,321 %) est consommée moins que la ration R3. Même
en considérant la fraction fermentescible de la cellulose, l’ingestibilité de la ration ne semble pas dépendre de sa
teneur en cellulose fermentescible. En effet, la ration R1 qui contient 13,642
% de cellulose fermentescible a la même ingestibilité
que la ration R3 qui ne contient que 10,465 % de cellulose fermentescible alors
que la ration R2 qui contient 12,348 % de cellulose fermentescible
(intermédiaire entre celles de R1 et R3) a en revanche une ingestibilité
faible de la matière sèche de l’aliment par rapport aux rations R1 et R3.
Dans les conditions expérimentales décrites dans la présente
recherche, la composition de l’aliment sec en matières azotées est reliée
négativement à la composition en amidon. Il est de ce fait normal qu’un taux en
matières azotées élevé ait des résultats similaires avec un teneur en amidon
faible. De ce fait, il revient qu’un taux d’azote digestible élevé ait eu les
mêmes manifestations qu’une teneur faible en amidon. En effet, la teneur en
matières azotées digestibles dans la ration R1 (21,900 % de la matière sèche)
est pratiquement la même que la même teneur dans la ration R3 (21,600 % de la
matière sèche) tandis que la ration R2 en contient pratiquement moins (17,330
%). En même temps, la ration R3 qui contient plus de protéines digestibles est
consommée de la même façon que la ration R1. La ration R2 qui en contient moins est
effectivement moins consommée que les deux autres rations R1 et R3.
Les
quantités consommées globalement pour les 3 rations (97,257±21,783 grammes)
sont légèrement inférieures aux données reprises par Djago et Kpodekon (2007) de même que Kpodekon et
al. (2018) variant entre 100 et 150 grammes selon l’état physiologique
de l’animal mais qui ne précisent cependant pas la teneur en eau de
l’alimentation ni la composition en termes de fibres, énergie et matières
azotées de l’aliment moins encore le poids vif correspondant. Toutefois, à part
la ration R2, l’ingestion des rations R1 et R2 se retrouvent dans les marges
indiquées par ces auteurs. Les quantités consommées sont néanmoins supérieures
à celles rapportées par Goby et
al. (2017) qui ont constaté que les lapins ingèrent environ 70 g de
matières sèches de carottes ou de luzerne par kilo de poids métabolique.
En
définitive, en augmentant la quantité d’amidon dans la ration on
constate une diminution de l’ingestion de cet aliment. Ceci pourrait
s’expliquer par la régulation de l’ingestion en fonction de l’énergie telle que
décrite par Gidenne
(2010) ou plus particulièrement en fonction de la teneur en amidon de l’aliment
comme l’insinue Lebas et al.
(1996) chez les lapins. Dans le même ordre d’idées, Gidenne et Lebas (2005) stipulent que le lapin
domestique peut réguler son ingéré lorsque la concentration d’énergie
digestible est située entre 9 et 12 mégajoules par kg d’aliment ou quand le
taux de fibres est compris entre 10 et 25 % d’ADF (Acid Detergent
Fibre incluant lignine et cellulose). Néanmoins, pour ces derniers auteurs,
l’ingestion de la matière sèche serait dans une certaine mesure mieux corrélée
avec la concentration en fibres de l’aliment qu’avec sa concentration en
énergie digestible.
Il s’avère aussi qu’en cas d’une forte proportion en
lipides de la ration comme c’est le cas pour la ration R3, la régulation de
l’ingestion énergétique pourrait être déréglée et amener le lapin à en ingurgiter beaucoup
plus que nécessaire comme le stipulent Lebas
et al. (1996).
Toutefois,
à part la teneur en amidon des rations, le profil des protéines en acides
aminés pourrait lui-même influencer l’ingestion si l’on en croit aux
observations de Lebas et al.
(1996) selon lesquelles un aliment équilibré en acides aminés indispensables
est toujours consommé en plus grande quantité que le même aliment carencé. En
ce sens, la ration R2 pourrait être carencée en certains acides aminés.
Le
gain de poids est global est assez disparate avec une moyenne de
262,222±112,850 grammes pour 30 jours (coefficient de variation de 43 %). Cette
disparité est même plus élevée pour la ration R1 avec une moyenne quotidienne
de gain de poids de 221,273±141,293 grammes (coefficient de variation de 64 %)
que pour R2 avec une moyenne quotidienne de gain de poids de 247,733±67,204
grammes par kg de poids (coefficient de variation de 27 %). La ration R3
présente une variation intermédiaire évaluée à 35 % avec une moyenne de
329,000±113,858 grammes de matières sèches consommées par kg de poids vif. Il
s’avère toujours qu’il y a une différence significative entre les rations R1 et
R3 d’une part et les rations R2 et R3 d’autres part sans qu’il y ait une
différence entre les rations R1 et R2.
Le
gain de poids quotidien moyen est de 8,741±2,900 g par jour pour l’ensemble des
rations mais est de 7,346±5,011 pour R1 contre 8,258±1,000 pour R2 et
10,967±5,467 g pour R3.
Néanmoins,
en considérant l’indice de consommation, l’efficacité des rations s’est révélée
de manière plus nette avec une valeur plus élevée pour la ration R1 avec une
moyenne de 17,064±8,286
grammes d’aliment pour 1 gramme de poids vif (coefficient de variation de 49
%). Les indices de consommation de R2 (8,253±3,171
avec un coefficient de variation de 38 %) et de R3 (8,155±2,947
avec un coefficient de variation de 36 %) ne sont pas significativement
différents.
En définitive, le constat est que l’indice de
consommation est meilleur pour les rations R2 et R3 comparativement à la ration
R1. Cela signifie aussi que l’ajout de maïs au Galinsoga
ciliata améliore l’utilisation de la ration par
le lapin mais sa substitution partielle par le soja ne semble pas apporter une
quelconque amélioration. D’ailleurs Schiere et Corstiaensen (2008) affirment que
la supplémentation de l’herbe par des céréales comme le blé et le riz suffit
pour assurer une bonne croissance aux lapereaux, une bonne santé de même qu’une
bonne reproduction aux lapines. Il serait dans ce cas inutile de substituer une partie
du maïs par le soja sauf si l’on vise une augmentation de l’ingestion
(et donc de la vitesse de croissance) comme cela est repris dans les paragraphes
précédents.
Le
raisonnement précédent corrobore celui de Kpodekon et
al. (2018) pour qui la densité énergétique d’une ration des lapins est de
2200 à 2650 kcal par kg d’aliment de lapin provenant essentiellement des
ressources alimentaires amylacées comme le maïs, le mil, le sorgho, la patate
douce. Si on ne considère que l’énergie provenant des fractions digestibles de
l’amidon et de l’huile sans compter l’énergie provenant des fibres
fermentescibles, il est clair que les densités énergétiques des rations R1 (230
kcal d’énergie digestible par kg de matière sèche d’aliment), R2 (1090 kcal
d’énergie digestible par kg de matière sèche de l’aliment) et R3 (1030 kcal
d’énergie digestible par kg de matière sèche de l’aliment) sont encore très
basses au point qu’il est important d’envisager l’augmentation de la teneur en
amidon dans ces rations sinon de l’huile pourvu que cela n’affecte pas
l’appétit sinon la cohésion du granulé parce que la densité protéique des
rations R1 (23,222 %), R2 ( 22,749 %) et R3 (32,916 %) et les densités en
cellulose de R1 (19,987), R2 (17,321) et R3 (17,704) sont déjà couverts en
comparaison aux recommandations de Kpodekon et al. (2018) qui fixent la densité
protéique à 17 % et la densité cellulosique de la ration aux environs de 14 %
de la matière sèche de l’aliment.
Comme le suggère Gidenne (2017), on pourrait aussi
améliorer l’indice de consommation de la ration R1 par une restriction
alimentaire même si cela s’accompagne d’un ralentissement de la croissance
d’après le même auteur. Dans tous les trois cas (R1, R2 et R3), les valeurs
observées d’indices de consommation sont largement supérieures aux indices de
consommation moyens (environ 4 pour 1) observés dans les élevages intensifs
européens comme
le rapportent Lebas et al.
(1996).
Les
gains pondéraux quotidiens sont inférieurs à ceux rapportés par Schiere et Corstiaensen
(2008) qui les situent entre 15 et 19 et parfois 40 grammes par jour. De même Aboh et al.
rapportaient en 2002 des gains moyens quotidiens de l’ordre de 22 à 30 g par
jour. Néanmoins, ce critère n’a qu’un rôle indicatif parce qu’il est subordonné
à l’ingestibilité de l’aliment et à l’indice de
consommation lui-même tributaire de la qualité de l’aliment et de la
physiologie digestive propre à l’espèce et à l’animal.
La
grande variabilité observée par rapport aux gains de poids et qui se reflète
même au niveau des indices de consommation est une preuve que les animaux
recevant une même ration ne l’utilisent pas de la même façon. Ceci constitue
une preuve de variabilité génétique au sein des élevages des lapins dans la
contrée et donc une possibilité de sélection d’animaux ayant les meilleures
performances de croissance.
Les
valeurs relatives à la qualité de la viande de cuisse telles que reprises dans
le tableau 3 indiquent que la teneur de la viande des lapins en matières sèches
est globalement de 24,665±1,375 %. Cette teneur est plus élevée pour la
ration R3 (26,203±0,363 %) que pour la ration R1 (24,571±0,931 %) et la plus
faible pour la ration R2 (23,222±0,292 %). Quant à la composition de la matière
sèche de la viande en matières organiques, elle est globalement de 95,226±0,461
% et ne fluctue pas significativement en fonction des rations R1 (95,173±0,379
%), R2 (94,896±0,077 %) et R3 (95,226±0,461 %).
On constate néanmoins une démarcation nette de la
composition en graisses des viandes issues des animaux nourris à base des
rations R3 (5,732±0,652 %) alors que la différence n’est pas significative
entre les résultats des rations R1 (3,079±0,993 %) et R2 (2,878±0,650 %). Il en
va de
même pour la teneur lipidique des matières sèches des viandes des jambes
respectives.
Même
si les viandes des jambes contiennent globalement les mêmes teneurs en
protéines sans différence significative entre les rations autour de la valeur
moyenne de 19,595±0,774 % de protéines dans la viande, quand il s’agit de la
teneur de la matière sèche en protéines une démarcation significative se révèle
entre la ration R3 qui contient en 73,758±2,693 % comparativement aux rations
R1 (82,729±3,500 %) et R2 (82,498±2,847 %) dont les effets sur la composition
en protéines ne présentent vraiment pas de différence significativement
palpable.
Pour
ce qui est des os, on note une influence notable des rations quant à ce qui est
de la teneur de l’os en matières sèches et même de la teneur en cendres dans
les matières sèches. Les os des jambes des lapins nourris de la ration R3
contenant du soja ont nettement moins de matières sèches (76,560±5,577
%) et
dans une certaine mesure pour les cendres (71,381±10,190
%) que pour les deux autres rations. La teneur en matières sèches dans les os
des lapins nourris à la ration R1 (87,041±1,016 %) est nettement plus élevée que la teneur en matières
sèches pour la ration R2 (83,585±5,412). Cette différence est maintenue pour la
teneur en cendres dans les matières sèches pour lesquelles elle est de
78,882±5,788 % pour les animaux nourris de la ration R1 contre 69,631±4,949 %
pour les animaux nourris de la ration R2.
Les qualités de la viande de la jambe des lapins
telles que décrites ci-dessus ne se démarquent pas des descriptions de Lecerf (2009) qui mentionnent des
teneurs usuelles de 3,7 % de matières grasses dans la viande fraîche de cuisse
de lapin et 21,3 % de protéines dans la viande fraîche de cuisse. De même Ouhayoun
(1989) rapporte aussi moins de 3 % de matières grasses dans la viande de lapin.
De
ces résultats, on peut retenir qu’il y a une différence
nette pour la composition lipidique des viandes issues des trois rations qui
est particulièrement élevée pour les lapins nourris de la ration R3 contenant
du soja. La teneur en protéines des matières sèches de la viande de la jambe
est affectée négativement par la ration R3 de même que la teneur en matières
sèches des os et leurs teneurs en cendres. Les repas essentiellement herbacés
produisent ainsi des viandes maigres et concentrées en protéines
comparativement aux repas complémentés en maïs et en soja.
Tableau
3. Indices de croissance des lapins nourris des rations à base de Galinsoga ciliata
|
Rations |
Consommation moyenne journalière en grammes |
Consommation par poids moyen par jour (en grammes
par kg de poids) |
Consommation moyenne journalière en grammes de
matières sèches |
Gain de poids en 30 jours (en grammes) |
Consommation des matières sèches par poids moyen (en
g par kg de poids) |
Indice de consommation pour l'aliment brute |
Indice de consommation par rapport à la matière
sèche |
|
R1 |
108,065±11,384 |
61,027±12,877 |
92,113±9,703 |
221,273±141,293 |
52,019±10,976 |
20,019±9,721 |
17,064±8,286 |
|
R2 |
83,378±24,888 |
45,930±15,917 |
61,519±18,363 |
247,733±67,204 |
33,888±11,744 |
11,186±4,298 |
8,253±3,171 |
|
R3 |
106,187±13,613 |
62,847±13,007 |
78,488±10,062 |
329,000±113,858 |
46,453±9,614 |
11,033±3,987 |
8,155±2,947 |
|
Moyennes globales |
97,257±21,783 |
55,242±16,013 |
75,581±18,997 |
262,222±112,850 |
42,918±13,338 |
13,842±7,466 |
10,918±6,555 |
Tableau
4. Composition de la viande et des os des jambes des lapins en fonction des
rations à base de Galinsoga ciliata
|
Rations |
Matière sèche en % de la viande |
Matières organiques en % de la matière sèche de la
viande |
Matière grasse totale en % (de la matière fraiche)
dans la viande |
Pourcentages des matières grasses dans la matière
sèche de la viande |
Protéines dans la Matière fraiche de la viande |
Teneur protéines dans la matière sèche de la viande |
Teneur en matières sèches de l’os en pourcents |
Teneur en cendres de l’os de la matière sèche de
l’os en pourcents |
|
R1 |
24,571±0,931 |
95,173±0,379 |
3,079±0,993 |
12,444±3,669 |
20,307±0,600 |
82,729±3,500 |
87,041±1,016 |
78,882±5,788 |
|
R2 |
23,222±0,292 |
94,896±0,077 |
2,878±0,650 |
12,398±2,848 |
19,159±0,742 |
82,498±2,847 |
83,585±5,412 |
69,631±4,949 |
|
R3 |
26,203±0,363 |
95,611±0,511 |
5,732±0,652 |
21,852±2,189 |
19,318±0,444 |
73,758±2,693 |
76,560±5,577 |
71,381±10,190 |
|
Moyenne globale |
24,665±1,375 |
95,226±0,461 |
3,896±1,527 |
15,565±5,356 |
19,595±0,774 |
79,662±5,156 |
82,395±6,181 |
73,298±8,040 |
La morbidité a été en moyenne de 25 % pour
l’ensemble des rations. Il s’observe cependant des disparités entre les rations
avec un taux de morbidité de 6,25 % pour la ration R2 tandis que les rations R1
et R3 correspondent aux morbidités les plus élevées respectivement de 31,25 %
et de 37,5 %. Une relation entre la composition des rations et la morbidité
peut être établie en ce sens que les rations R1 et R3 contenant le plus grand
taux de protéines et donc moins d’amidon soient celles qui présentent en même
temps le taux des protéines le plus élevé. Néanmoins la différence en matière
azotée entre la ration R1 (23,222 % de la matière
sèche) et la ration R2 (22,749 %) n’est pas assez grande pour justifier
cet écart de morbidité.
Quand
on regarde la teneur en cellulose des rations, on trouve que la ration R1 a une
teneur légèrement plus élevée en cellulose (19,987 % de la matière sèche)
comparativement aux rations R2 (17,321 % de cellulose) et R3 (17,704 % de
cellulose) qui ont des teneurs pratiquement similaires de cellulose. Ce constat
est contraire aux rapports de Djago et Kpodekon qui estiment que la faible teneur en fibres
particulièrement en cellulose et en lignine est en relation avec une morbidité
plus élevée chez les lapins. En effet, Gidenne (1996) a signalé qu’une
réduction de 21 à 15 % de la teneur en ADF (lignocellulose), tout en conduisant
à une meilleure digestibilité, est associée à une hausse de mortalité en
engraissement de 7,5 à 14,4 %. Mais une réduction linéaire du taux de mortalité
est observée aussi avec l’accroissement de l’apport des lignines.
La
raison de la différence de morbidité pourrait être
justifiée par la teneur en amidon des rations, les teneurs les plus faibles
pour R1 (0 % d’amidon) et pour R3 (11,625 % d’amidon) correspondant aux
morbidités les plus faibles. Dans pareille situation, la ration R1 aurait la
morbidité la plus élevée comparativement à la ration R3, ce qui n’est pas le
cas. Ces résultats s’écartent des remarques de Gidenne (1996) et aux
constatations de Gidenne
(2010) selon lesquelles un accroissement de la teneur en amidon de l’aliment se
conclurait par une augmentation des troubles digestifs chez le lapin.
Toutefois, les conclusions de Gidenne (2010) sont applicables aux rations contenant
plus de 18 % d’amidon, ce qui n’est pas le cas les rations R1 et R3
correspondant aux taux de morbidité les plus élevés.
Toutefois, Gidenne
et al. (2007) pensent qu’un apport très important de protéines peut être
responsable de morbidité particulièrement exprimée en termes des prévalences
des cas de diarrhées. Dans le même ordre d’idées, Lebas et al. (1996) suggèrent que lorsque le rapport
protéines/énergie digestible s'accroit, les lapins sont en carence énergétique
et un surplus de protéines favorisant par ce fait même la prolifération d’une
flore digestive protéolytique génératrice d’ammoniac et conduisant à un
accroissement d’accidents digestifs. Effectivement, on observe pour les
différentes rations que le rapport protéines/énergie digestible est plus élevé
pour la ration R1 (environ 0,95 g/kcal) et pour R3 (environ 0,21 g/kcal) alors
qu’il est le plus faible pour la ration R2 (environ 0,16 g/kcal). Les rations
R1 et R3 présentent effectivement les taux de morbidité les plus élevés
contrairement à la ration R2.
L’amélioration
des rations R1 et R3 consisterait à augmenter la teneur en énergie digestible,
à l’occurrence par l’ajout de l’amidon conformément à ce dernier constat
renforcé par les suggestions de Lebas
et al. (1996) ou à augmenter la teneur en fibres tout en maintenant
celle en énergie digestible comme le proposent encore Lebas et al. (1996). D’ailleurs, Ouhayoun rappelait en 1989 que
l’amélioration de la vitesse de croissance par l’augmentation de la teneur de
la ration en protéines aurait pour conséquence la détérioration de la qualité
de la viande de lapin. Ce même auteur conseillait l’enrichissement de la
ration en huile pour couvrir les besoins énergétiques en vue d’une
stabilisation thermique et chimique des graisses dans la viande.
Aussi, en suivant les recommandations de Gidenne (2017), il y a lieu d’appliquer une restriction
alimentaire pour les rations correspondant à une morbidité plus élevée.
Les
facteurs combinés pourraient être à la base de la morbidité
plus élevée associée aux rations R1 et R3. Il pourrait s’agir aussi des
facteurs antinutritionnels du soja et éventuellement des microorganismes qui se
développeraient de manière distincte dans le cæcum des animaux nourris
selon les différentes rations. Tenant compte de cette dernière hypothèse,
l’étude du profil microbiologique des contenus caecaux se présente dans le
tableau ci-dessous selon les rations.
Tableau 5 : Profil microbiologique des contenus caecaux et
morbidité selon les rations
|
Rations |
Profil bactériologique |
Principales bactéries
identifiées |
Taux de morbidité globale |
Commentaires |
|
R1 |
Bâtonnets Gram + |
Listeria sp |
|
Animaux normaux |
|
R1 |
Bâtonnets Gram- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
|
R1 |
Bâtonnets Gram- |
Erwina spp |
|
Animaux normaux |
|
R1 |
Bâtonnets Grams- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
|
R1 |
Bâtonnets Gram - |
Erwina spp |
|
Animaux morts |
|
R1 |
Bâtonnets Gram- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
|
R2 |
Bâtonnets Gram- |
Budvicia aquatica |
|
Animaux normaux |
|
R2 |
Bâtonnets Gram- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
|
R2 |
Bâtonnets Gram- |
Erwina spp |
|
Animaux morts |
|
R2 |
Bâtonnets Gram- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
|
R3 |
Bâtonnets Gram- |
Erwina spp |
|
Animaux morts |
|
R3 |
Bâtonnets Gram- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
|
R3 |
Bâtonnets Gram- |
Erwina spp |
|
Animaux normaux |
|
R3 |
Bâtonnets Gram- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
|
R3 |
Coques Gram + |
Staphylococcus aureus |
|
Animaux morts |
|
R3 |
Bâtonnets Gram- |
Escherichia coli |
|
Animaux normaux |
Comme le montre le profil bactériologique des contenus caecaux,
le genre Erwinia se retrouve chez tous les
animaux morts quelle que soit la ration. Pour la ration R1 et la ration
R3, il se retrouve aussi bien chez les animaux morts que chez les animaux normaux. Pour les animaux nourris de la ration R1, on
retrouve des animaux normaux dont la prédominance bactériologique est
constituée de Listeria (Gram +) tandis que le Staphylococcus aureus
(Gram +) se retrouve dans le cæcum des animaux morts. L’espèce
bactériologique Budvicia aquatica n’a été retrouvée que dans le cæcum des
animaux nourris à la ration R2.
La présence particulière de la bactérie Budvicia
aquatica dans les cæcums des animaux
nourris de la ration R2 devrait amener à une évaluation des préférences
écologiques de cette bactérie en vue de vérifier si elle pourrait jouer un rôle
protecteur qui ferait que ce type de ration cause moins de mortalité que les
deux autres rations. Il en serait de même pour le genre Listeria lié à
la ration R1 et pour l’espèce Staphylococcus aureus présente dans
le cæcum des animaux nourris de la ration R3. La bactérie Erwina tout en étant présente pour toutes les
rations pourrait aussi être responsable mais ses effets sur la morbidité
pourraient dépendre de la présence d’autres bactéries qui se développent
spécifiquement sur certaines rations en fonction de la teneur en un ou
plusieurs nutriments, l’amidon et les protéines en l’occurrence.
Différents auteurs dont Djago et Kpodekon (2007) stipulent que les colibacilles sont
les agents causaux des infections du tube digestif les plus fréquentes chez le
lapin suivis des salmonelles et les klebsielles qui provoquent des diarrhées.
Les résultats de la présente expérimentation sont globalement conformes aux
constatations de ces deux auteurs quant aux colibacilles.
Le
Galinsoga ciliata
est une herbe qui démontre des potentialités fourragères dans l’élevage du
lapin. Il requiert cependant une complémentation en énergie, à l’occurrence
l’ajout des céréales dans l’alimentation. Des essais de culture sont de ce fait
importants pour étudier la tolérance d’ombrage et de réponse à la
fertilisation. Il est important d’étudier son interaction avec les haricots
qui, dans l’agrosysteme de Butembo,
constituent la culture sarclée la plus fréquente en vue d’envisager le niveau
de tolérance et de compétition entre le Galinsoga
et la culture du haricot.
Aboh, A.B., Olaafa, M., Dossou-Gbété, G., Dossa, A.D. et Djagoun, N. (2002). Ingestion
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[1] Docteur
en Sciences agronomiques de l’Université catholique du Graben
(Nord-Kivu/RDC) : mbusakito@gmail.com.